Le grand retour des Etats dans la mondialisation

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Le président américain, Joe Biden, lors du lancement de la construction de l’usine taïwanaise TSMC, à Phoenix (Arizona), le 6 décembre 2022.

Une page de la mondialisation s’est tournée, mardi 6 décembre 2022, sous le soleil de l’Arizona, au milieu des cactus et des collines désertiques. Ce jour-là, une foule de responsables politiques et de patrons taïwanais et américains s’était réunie près de Phoenix, pour le lancement du chantier de construction de deux usines de semi-conducteurs, par le taïwanais TSMC, moyennant 40 milliards de dollars (37,6 milliards d’euros) d’investissement.

L’occasion rêvée, pour le président américain, Joe Biden, d’annoncer sur place, devant un drapeau américain suspendu à des engins de chantier, que « l’industrie manufacturière américaine est de retour. » De fait, c’est en partie grâce à son administration que les usines verront le jour en 2025 en recevant une partie des 52 milliards de dollars de subventions destinées au secteur des semi-conducteurs, prévus dans le Chips and Science Act de 2022.

Ce jour-là, Morris Chang, le président-fondateur de TSMC présent à cette cérémonie, y a vu une autre victoire, celle du protectionnisme. « La mondialisation est presque morte, le libre-échange est presque mort », a-t-il déclaré, jetant un froid dans l’assistance. Le vieux capitaine d’industrie de 91 ans sait de quoi il parle : en trois décennies la mondialisation lui a permis de bâtir son empire sur les délocalisations et l’hyperspécialisation.

Cette mort de la mondialisation fondée sur le libre-échange sera confirmée quelques mois plus tard par les dirigeants américains et européens. « Le principal projet économique international des années 1990 était la réduction des droits de douane », explique le conseiller à la sécurité nationale américain, Jake Sullivan, le 27 avril, tout en ajoutant que « le projet des années 2020 et 2030 est, lui, différent ». Il en esquisse les nouveaux contours : une mondialisation reposant sur des chaînes d’approvisionnement diversifiées et résilientes aux vulnérabilités géopolitiques, la transition énergétique, ou encore la « protection » du travail.

Grande fragilité

Quelques semaines plus tard, Ursula von der Leyen lui emboîte le pas, en déclarant, le 20 juin : « L’intégration mondiale et l’ouverture des économies ont été une force positive pour nos entreprises, notre compétitivité et notre économie européenne. (…) Mais nous devons aussi être lucides sur un monde qui est devenu plus contesté et géopolitique. » Et la présidente de la Commission européenne d’annoncer dans la foulée, pour la première fois, une stratégie « de sécurité économique » pour garantir la « souveraineté » de l’Union européenne (UE).

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