Démocratie : pourquoi la poussée des radicalités est une menace pour l’Etat de droit

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Le corps, un enjeu biopolitique – Le 6 octobre 2023, à Columbus (Ohio), manifestation contre l’inscription du droit à l’IVG dans la Constitution de l’Etat.

Lors des victoires de Donald Trump, Jair Bolsonaro et du Brexit s’était imposé le récit d’une « vague populiste ». Avec quelques années de recul, l’interrogation change : vivrions-nous une régression démocratique mondiale ? Depuis 2016, un programme international quantifie et analyse l’évolution des normes démocratiques de 173 pays. Actuellement, trente-sept connaissent un recul modéré des libertés civiques, et onze leur forte contraction – mais quatorze une expansion.

Cet article est tiré du « Hors-Série Le Monde – 40 cartes pour comprendre un monde fracturé », 2023. Ce hors-série est en vente dans les kiosques ou par Internet en se rendant sur le site de notre boutique.

L’autorité des gouvernements va avec une tension certaine dans les sociétés. Ainsi, un autre programme comptabilise les mouvements de protestation depuis 2017 : 132 pays en ont connu d’ampleur. Le malaise démocratique existe bien, et trois dynamiques transnationales peuvent être dégagées.

Un désir de contrôler les corps

Au premier chef s’observe le retour étendu de ce que Michel Foucault a nommé la « biopolitique », le contrôle des corps. Devenu un enjeu majeur des désirs de revanche sur le libéralisme, il peut associer divers thèmes : ainsi des dénonciations internationales d’un complot de la promotion des sexualités LGBT+ dans le cadre de la destruction des identités traditionnelles passant aussi par l’immigration, au bénéfice d’un plan mondialiste, dont le symbole serait le financier (juif) George Soros.

Le corps féminin est un enjeu crucial : l’Afghanistan et l’Iran témoignent des liens entre le sort des femmes et celui de la démocratie. Mais dans les régimes libéraux, il est aussi un enjeu, de l’annulation du droit national d’accès à l’IVG aux Etats-Unis depuis 2022 à sa quasi-interdiction en Pologne. S’y observe aussi l’émergence des misogynes « incels » (pour célibataires involontaires), nouvelle radicalisation violente généralement liée à l’ultradroite, dont le Canada a été le premier pays à classer une tuerie comme acte terroriste – l’arrestation d’un « incel » préparant un acte terroriste. La seconde est survenue en septembre dernier en France.

Le contrôle des corps migrants est un thème central : le Danemark est devenu un modèle international de restriction de l’immigration, tandis que l’Italie, gouvernée par le parti -d’extrême droite Fratelli d’Italia – qui dénonçait la main de Soros derrière le plan de substitution ethnique en Italie –, augmente considérablement ses autorisations à l’immigration de travail tout en étant agressive envers les migrants illégaux et les ONG qui les secourent en mer. Ce qui est accepté, c’est le corps contrôlé.

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