Un juge d’instruction parisien reprend l’enquête sur l’oligarque russe Souleïman Kerimov

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L’oligarque russe Souleïman Kerimov, à Moscou, en novembre 2012.

On avait laissé la retentissante affaire Kerimov au centre de tractations, à l’été 2022, entre les cours d’appel d’Aix-en-Provence et de Paris, dans l’attente de savoir qui hériterait de ce dossier emblématique de l’incapacité de la justice française à appréhender certains avoirs russes. Selon les informations du Monde, un arbitrage a été rendu cet été pour le transférer à un magistrat spécialisé du tribunal judiciaire de Paris. « Un juge d’instruction de Nice s’est dessaisi au profit d’un juge d’instruction de la juridiction nationale de lutte contre la criminalité organisée, précise le parquet de Paris. La procédure porte sur l’infraction de blanchiment en bande organisée du produit direct ou indirect d’un délit, notamment ceux de corruption, détournement de fonds publics et de fraude fiscale aggravée. »

Ce dernier épisode, loin d’être un épilogue, s’inscrit dans une saga judiciaire démarrée en 2014, date à laquelle la justice niçoise a commencé à enquêter sur d’étranges opérations immobilières au cap d’Antibes. Les enquêteurs découvrent, à l’occasion d’écoutes téléphoniques dans une tout autre affaire, que l’achat d’une villa, dénommée Hier, aurait donné lieu au versement de plusieurs dizaines de millions d’euros de dessous-de-table par l’acquéreur présumé, Souleïman Kerimov, oligarque russe proche du président Vladimir Poutine. Si le prix officiel de la villa est de 35 millions d’euros, les vendeurs ont en réalité empoché 92 millions d’euros supplémentaires non déclarés.

Du côté des vendeurs de la villa, l’enquête aboutit à la mise en cause de treize personnes et de deux sociétés. Leur renvoi devant le tribunal correctionnel fait actuellement l’objet d’un appel. Côté acheteurs, l’enquête s’élargit rapidement à trois autres villas, soupçonnées d’appartenir également à Souleïman Kerimov. La police judiciaire s’intéresse particulièrement au rôle joué par l’intendant des maisons, Cédric F., et à leur propriétaire officiel, Alexander Studhalter, soupçonné d’agir comme homme de paille. Mais en raison d’erreurs d’appréciation du juge d’instruction sur la qualification des faits, les mises en examen des trois hommes pour blanchiment sont annulées par la cour d’appel d’Aix-en-Provence en juin 2018.

L’enquête relancée avec la guerre en Ukraine

Après avoir remis en examen l’entourage de M. Kerimov en septembre 2019 pour blanchiment de fraude fiscale qui aurait été commise par l’oligarque, le juge d’instruction niçois décide de scinder le dossier, devenu tentaculaire, pour extraire le volet « Kerimov » dans une procédure distincte en décembre 2019. Le but est d’enquêter sur l’origine de l’argent ayant financé l’achat et l’entretien des villas, et comprendre qui en est le véritable propriétaire. L’enquête a permis de découvrir un double réseau de financements qui repose sur des sociétés offshore et l’utilisation pour le fonctionnement des villas de grandes quantités d’argent liquide, soupçonnées de provenir d’une fraude fiscale en Russie. Mais rapidement, cette nouvelle procédure tourne court elle aussi, faute de pouvoir démontrer l’existence de l’infraction d’origine.

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