Les pavés des rues de Rome, incarnations de la Ville éternelle

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LETTRE DE ROME

Une peinture de l’artiste TV Boy représentant la maire de Rome Virginia Raggi (2016-2021) tenant une pancarte sur laquelle on peut lire : « Vive les nids-de-poule [en référence au mauvais état des routes de la ville], non au street art », dans le centre de la capitale italienne, le 15 juin 2018.

Depuis quelques semaines, Rome s’est une nouvelle fois transformée en un grand chantier à ciel ouvert. Dans plusieurs quartiers de la capitale, des monticules de pavés, retirés pour refaire la chaussée, gisent sur le sable. La Ville éternelle se prépare à accueillir le Jubilé 2025. Inaugurée par le pape Boniface VIII en l’an 1300, cette tradition, qui se tient tous les quarts de siècle, fait converger des millions de pèlerins vers la capitale du catholicisme. Pour le Vatican comme pour la municipalité de Rome, qui travaillent main dans la main à son organisation, les 30 millions de visiteurs attendus représentent une aubaine, aussi bien économique que pour le salut des âmes.

Touristes et pèlerins pourront ainsi fouler les sampietrini, ces fameux pavés romains qui tapissent les chaussées du centre historique. Véritable marqueur de l’identité de la ville, le sampietrino tire son nom de la place Saint-Pierre. C’est en effet le pape Sixte V qui, à la fin du XVIe siècle, décida de son utilisation pour paver les environs du Vatican.

Les pavés déchaussés retrouveront-ils leur emplacement d’origine ? La question n’est pas seulement rhétorique, tant le sampietrino romain suscite les passions. Il y a ceux qui protestent contre la dangerosité de ces pavés qui deviennent glissants sous la pluie et dont le manteau se déforme rapidement par manque d’entretien de la voirie, il y a aussi les apôtres de l’asphalte, plaidant pour leur retrait afin de fluidifier le trafic d’une capitale trop souvent congestionnée.

Mais pour la majorité des Romains, on ne touche pas au sampietrino. « On nous a souvent demandé comment l’on pouvait défendre le pavé », souligne Valentina Cinelli, présidente de l’association culturelle Sampietrino, née en 2005 pour protéger la mémoire et l’histoire du pavé de la capitale. « Après tout, le pavement ne représente que 2 % des rues romaines, les polémiques sont inutiles. »

Une question d’orgueil

De mémoire de Romain, il n’existe pas de maire de la ville qui n’ait eu à affronter une polémique autour de ces cubes issus de la leucite, cette roche extraite des carrières des Castelli Romani, la chaîne de collines volcaniques située à une vingtaine de kilomètres au sud de la capitale. En 2005, le maire, Walter Veltroni, membre du Parti démocrate (centre-gauche), provoque un tollé en dévoilant son « plan pavés ». Il s’agit alors de retirer des centaines de milliers de sampietrini pour bitumer 60 kilomètres de rues. Si quelques axes sont en effet recouverts de goudron, le projet dans son ensemble tombe largement à l’eau.

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