François Heilbronn, vice-président du Mémorial de la Shoah : « Nous sommes face aux restes humains de plus de cent cinquante victimes des massacres du 7 octobre »

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Le doux ronronnement des blocs électrogènes rythme les paroles du colonel qui nous reçoit. Nous sommes sur la base de Choura en Israël. Une porte s’ouvre, une deuxième, puis une autre. Les fumées de la réfrigération se dissipent doucement par un chaud matin d’automne. Nous découvrons des brancards, des racks où s’empilent dans des sacs des corps, des dizaines de corps. Un deuxième conteneur, plein, lui aussi. Plus loin encore, un autre où sont posés au sol et emballés des têtes décapitées, des membres arrachés. Nous sommes face aux restes humains de plus de cent cinquante victimes des massacres du 7 octobre commis par le Hamas palestinien sur la terre d’Israël.

Ces corps, ou ce qu’il en reste, ont maintenant seize jours, seize longs jours, où ils n’ont pu, malgré le travail inhumain des médecins, des dentistes, des rabbins, des avocats, être encore identifiés. Les chairs sont brûlées, les corps carbonisés. Deux enfants enlacés et calcinés, une mère enceinte éventrée, son bébé sorti vivant puis tué au couteau sous ses yeux avant elle, des enfants et des nourrissons décapités.

Face à ces plus de cent cinquante corps d’Israéliens et d’étrangers inconnus torturés, violés, assassinés, nous, les vingt-quatre dirigeants des principales associations juives françaises, venus par solidarité et pour témoigner, faisons silence puis prononçons un kaddish pour les filles et fils d’Israël assassinés sauvagement par des barbares d’un autre temps, de tous les temps, ces tueurs de masse de juifs. Nous nous éloignons, l’odeur tenace des corps décomposés reste sur nos vêtements, le car blindé descend lentement vers les kibboutz martyrs du Sud.

Refuge illusoire

Le colonel Golan Vach, spécialiste des sauvetages dans le monde entier, nous accueille au kibboutz Kfar Aza. Yeux bleus enfoncés et fatigués, il nous reçoit en tenue de combat, arme à l’épaule. Il nous parle à l’ombre d’un arbre sur une pelouse au milieu des fleurs. Là, un pick-up des assaillants criblé de balles, au sol un moteur d’ULM calciné. Mon regard se porte vers les petites maisons blanches de ces fermes collectives pacifiques et fraternelles. Elles sont noires de suie. Là, des éclats de balles, des portes enfoncées ou dynamitées, des fenêtres arrachées. Au sol des vêtements de tous âges piétinés, une robe de petite fille maculée, des centaines de douilles au sol.

Le 7 octobre, 7 heures du matin, près de cent cinquante terroristes du Hamas, lourdement armés de mitrailleuses, de kalachnikovs, de lance-roquettes, de pains de plastic, de grenades, parcourent les 800 mètres qui séparent Gaza de ce kibboutz de sept cents âmes créé en 1942. Ils font sauter les trois barrières de sécurité. Ofir, le responsable, dont le rêve était un jour de bâtir une zone industrielle israélo-palestinienne, fut le premier à défendre sa communauté. Il fut immédiatement tué.

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