« Les Juifs de France ne sont pas plus responsables de la politique israélienne que les Arabes de France ne le sont du terrorisme du Hamas »

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La France abrite les plus importantes communautés juive et arabe d’Europe. C’est une richesse, le reflet de son histoire séculaire de terre d’accueil et d’immigration, mais aussi un risque, celui d’y voir transposé le conflit Israël-Palestine. Le danger n’est pas nouveau. Le temps est loin où Juifs et Arabes de France, après la mort de Malik Oussekine (1986) ou la profanation du cimetière juif de Carpentras (1990) manifestaient ensemble leur émotion.

L’échec du processus de paix d’Oslo, les attentats du 11 septembre 2001, puis les conflits d’Irak et surtout de Syrie, ont contribué à exacerber frustrations et rancœurs, jusqu’à susciter un djihadisme français. La substitution des identités religieuses aux références sociales, la montée de l’islamisme et, en parallèle, d’un antisémitisme longtemps nié, les ambiguïtés de l’antisionisme dans un contexte de ghettoïsation urbaine et d’échec partiel de la promesse républicaine d’égalité, ont alimenté une crise de la laïcité et fracturé partis de gauche et associations antiracistes. Sur fond de tensions scolaires et urbaines, l’interminable série d’attentats et d’attaques djihadistes, certaines ciblant des juifs, a provoqué un réflexe d’unité nationale, tout en exacerbant les clivages et les peurs.

C’est donc une France résiliente mais fragmentée et exposée qui, depuis le 7 octobre, est confrontée au choc de l’attaque sans précédent du Hamas sur Israël. Pour les Juifs de France, le traumatisme est double : non seulement il réveille la logique raciale de la Shoah et ébranle le statut d’Israël comme pays refuge, mais il provoque, dans l’Hexagone, une flambée d’actes antisémites qui rappelle une histoire tragique. Pour les Arabes de France, le déferlement d’images des victimes des bombardements sur Gaza et des attaques dans les territoires occupés ne peut que susciter malaise et colère.

Assignations religieuses ou culturelles

Est-il possible de rappeler que les Juifs de France ne sont pas plus responsables des exactions commises par un gouvernement d’extrême droite, que les Arabes de France ne le sont du terrorisme du Hamas ? Pas plus qu’on exige d’un Français de culture ou de religion juive qu’il condamne Benyamin Nétanyahou avant d’exprimer son horreur des pogroms du 7 octobre, on ne devrait sommer un Français de culture ou de religion musulmane de s’excuser pour les crimes du Hamas ou de désavouer ce dernier pour avoir le droit de dire son émotion sur les morts de Gaza.

De telles assignations à une identité religieuse ou culturelle, ignorent la diversité des parcours individuels et des points de vue. Elles alimentent un mécanisme dangereux : en enfermant chacun dans la douleur des « siens », on tend à minimiser celle des « autres » et on encourage l’importation du conflit. Ce que fait Jean-Luc Mélenchon en refusant de reconnaître les crimes contre l’humanité commis le 7 octobre. En enjoignant à chaque musulman de faire acte de loyauté et de contrition, on accrédite le soupçon d’une sympathie généralisée avec le terrorisme et d’un lien mécanique entre immigration et islamisme. Ce que fait implicitement Marine Le Pen lorsque, sous couvert d’une défense inconditionnelle d’Israël, elle souffle sur les braises du racisme anti-arabe.

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