En Turquie, les commémorations du centenaire de la République estompées par la guerre entre Israël et le Hamas

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Un portrait d’Atatürk, à Istanbul, le 25 octobre 2023.

Posté à l’entrée du Parc de la jeunesse, dans le centre d’Ankara, l’agent de sécurité se gratte le crâne sous son couvre-chef. Il a bien entendu parler d’un concert prévu pour la mi-journée, mais n’a pas été informé de l’emplacement exact. Il adresse un regard interrogateur à son collègue qui pointe vaguement une direction du doigt. L’allée aboutit effectivement à une place où a été installée une modeste scène.

Le soleil d’automne est au rendez-vous et les membres de l’orchestre municipal d’Ankara finissent leurs réglages. Sur scène se trouvent deux guitares électriques, une darbouka, un clavier et un qanun, un instrument à cordes pincées répandu au Proche-Orient. « Bonjour à toutes et à tous. Pour célébrer la fondation de notre bien-aimée République, nous vous avons préparé les morceaux favoris de notre grand leader Mustafa Kemal Atatürk », lance le chanteur en guise d’introduction. Difficile de savoir à qui il s’adresse, car l’esplanade qui lui fait face est absolument vide. Aux premières notes de musique, quelques passants s’arrêtent. Certaines spectatrices chantonnent et esquissent quelques pas de danse.

Ayse Gül, étudiante de 20 ans, se trouvait justement là par hasard avec une amie. « Pour moi, la République est le régime politique qui a permis de libérer les femmes, leur a donné des droits et leur a permis de devenir autonomes. Nous avons désormais la liberté d’expression, la possibilité de travailler… C’est vraiment fondamental pour nous », explique-t-elle, avec enthousiasme, tout en réajustant son voile de soie gris perle.

Depuis plusieurs années, Recep Tayyip Erdogan promettait une grand-messe pour le centenaire de la fondation de la République, le 29 octobre 2023. Fil conducteur de tous les discours, « 2023 » était estampillé tel un label sur les affiches d’innombrables événements politiques et culturels. Entre autres, les élections législatives et présidentielle du printemps, remportées sans difficulté par Erdogan et sa coalition islamo-nationaliste. De même, le nouveau projet de modification de la Constitution est présenté comme « la » Constitution du nouveau siècle dans lequel s’engage désormais la république turque – une rhétorique similaire avait été employée pour les réformes constitutionnelles précédentes, en 2010 et 2017.

Annulation de concerts

L’élément de langage a permis de donner une dynamique, un horizon au pays dans un contexte politique autoritaire où les espaces d’expression politique de l’opposition ont été réduits comme peau de chagrin. Or, à quelques jours de la date fatidique, force est de constater que les préparatifs manquent d’entrain. Les élections désormais gagnées, les célébrations n’ont plus la même saveur pour le « reis ». Depuis ses débuts, Recep Tayyip Erdogan s’est affiché comme le héraut des classes populaires islamo-conservatrices face à un establishment kémaliste présenté comme autoritaire et antidémocratique. Alors, en cette année du centenaire, sa reconduction à la présidence de la République bénéficie désormais du sceau de l’histoire et apparaît comme l’aboutissement d’un long processus de reconquête du pouvoir par le peuple.

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