Johann Soufi, une voix pour Gaza

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L’avocat Johann Soufi, devant le bâtiment de l’ONU, à Genève, le 21 octobre 2023.

Soudain, les larmes lui montent aux yeux. « Un enfant décède toutes les quinze minutes à Gaza. On se parle depuis deux heures : huit enfants sont déjà morts. » Depuis la tragique journée du 7 octobre, avec plus de 1 400 personnes assassinées par le Hamas en Israël, et le déclenchement de la guerre, Johann Soufi, 41 ans, est devenu une voix, celle de Gaza. Avocat spécialiste du droit international, il précise pourtant : « Je ne veux pas devenir une figure médiatique, l’incarnation du défenseur des habitants de Gaza. Mais je veux pouvoir leur donner la parole. »

Le 21 septembre, il écrivait dans une tribune, publiée dans Le Monde : « En l’absence de toute perspective de solution politique, seule la Cour pénale internationale (CPI) est aujourd’hui capable d’apporter un espoir de justice aux victimes palestiniennes. » Désormais, alors que la guerre fait rage, il explique : « La justice sait être patiente. L’urgence, c’est le désastre humanitaire à Gaza, la protection des civils et les conditions de survie des milliers de déplacés vers le sud du territoire. »

De septembre 2020 à mars 2023, il a dirigé les activités juridiques du bureau de l’UNRWA, l’agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens au Proche-Orient. Plus de 13 000 employés, 1,6 million de bénéficiaires à l’époque. « L’UNWRA gère les écoles, les hôpitaux, les services sociaux, la distribution alimentaire, le droit du travail, le droit international… », explique celui que rien ne prédestinait à pareille mission.

Fils d’une mère bretonne et d’un père kabyle (il possède les nationalités française et algérienne), tous deux avocats, Johann Soufi grandit et étudie à Cergy, dans le Val-d’Oise. Il intègre un cabinet pénaliste à Pontoise, mais ne s’y épanouit guère. « Je voulais me confronter à des enjeux plus importants. La justice, je la vis à une échelle plus large. »

Timor oriental, Côte d’Ivoire, Mali…

A 25 ans, il écrit aux quelque 300 avocats qui collaborent avec la CPI. Un seul, Arthur Vercken, lui donne sa chance. Il intègre son équipe pour participer à la défense de Callixte Kalimanzira, un ancien haut fonctionnaire du ministère rwandais de l’intérieur jugé pour son implication dans des massacres de Tutsi. Le voici qui s’envole pour Kigali, puis pour la Tanzanie, où siège le Tribunal pénal international pour le Rwanda. Il y restera quatre ans. « C’était merveilleux. C’est là que je suis devenu accro à la justice internationale et me suis dit que je ferai ça jusqu’à ma mort ! »

Suivent des missions au Timor oriental, en Côte d’Ivoire, au Mali, en République centrafricaine. En 2012, il est recruté par le Tribunal spécial pour la Sierra Leone qui juge Charles Taylor, l’ancien président du Liberia. Il enchaîne avec celui pour le Liban, durant le procès des assassins présumés de l’ancien premier ministre Rafic Hariri.

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