En Pologne, après leur victoire surprise, les démocrates se préparent à une cohabitation tendue avec le président Duda

0 Shares
0
0
0
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen (à droite), et le chef de l’opposition libérale polonaise, Donald Tusk, au siège de l’Union européenne, à Bruxelles, le 25 octobre 2023.

La visite se voulait aussi symbolique que dictée par un sentiment d’urgence. Mercredi 25 octobre, l’ancien premier ministre polonais Donald Tusk, assuré de revenir à ce poste après la victoire spectaculaire, dix jours plus tôt, de l’opposition démocrate lors des élections législatives, s’est rendu à Bruxelles. Celui qui fut aussi président du Conseil européen de 2014 à 2019 a rencontré la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, en qualité, pour quelque temps encore, de leader de l’opposition.

Un entretien « informel », donc, qui n’en avait pourtant pas la forme : les deux responsables, tout sourire, se sont livrés à une déclaration de presse commune, un exercice que la présidente de l’exécutif européen évitait, jusqu’ici, avec le premier ministre sortant, le très europhobe Mateusz Morawiecki. « Les Polonais attendaient ce moment depuis huit longues années, a déclaré M. Tusk. Je suis ici pour accélérer le processus de retour de la Pologne à une pleine présence au sein de l’Union européenne. Nous revenons sur cette voie car telle est la volonté des électeurs polonais. » Mme von der Leyen s’est réjouie que « le taux de participation record aux élections [74,4 %] a[it] montré, une fois de plus, que les Polonais sont fortement attachés à la démocratie ».

La venue de M. Tusk avait surtout pour but une mission très concrète : convaincre la Commission européenne de laisser davantage de temps à son pays pour remplir les critères nécessaires au déblocage des fonds du plan de relance européen, gelés depuis deux ans en raison du refus du gouvernement ultraconservateur sortant de se conformer aux règles en matière d’Etat de droit. Pour Varsovie, le temps presse : la Pologne pourrait se voir privée, en raison de délais légaux, de près de 34 milliards d’euros. L’introduction de tout changement législatif nécessite néanmoins la signature du président, Andrzej Duda, et laisse l’opposition suspendue à la menace de son veto. D’où la demande de Donald Tusk de davantage de « flexibilité » de la part des institutions européennes.

Lire aussi l’éditorial du « Monde » : L’alternance en Pologne, une bonne nouvelle pour l’Europe

Nomenklatura populiste

Cette situation est révélatrice des innombrables difficultés qui attendent l’opposition démocrate, au premier rang desquels la cohabitation avec Andrzej Duda, membre du parti perdant Droit et justice (PiS), au pouvoir depuis 2015, au moins jusqu’à l’élection présidentielle du printemps 2025. D’ici là, toutes les initiatives législatives, en dehors du vote du budget, nécessitent la signature du chef de l’Etat pour être promulguées. La marge de manœuvre de la nouvelle majorité sera ainsi très mince. Le président rentrera-t-il dans une logique de confrontation totale avec ses ennemis politiques d’hier ou, prenant acte du résultat des élections, adoptera-t-il un comportement plus conciliant ? Cette question taraude aujourd’hui la vie publique polonaise.

Il vous reste 60% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

source

0 Shares
Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

You May Also Like