Dans l’est de la RDC, les forces internationales sur la sellette

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Des soldats de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) patrouillent à Goma, dans l’est de la RDC, le 2 décembre 2022.

Les soldats est-africains ne sont plus les bienvenus dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Déployés depuis novembre 2022 pour tenter de ramener la paix dans une région déchirée par la guerre depuis trois décennies, ils ne sont pas parvenus à endiguer les attaques des groupes armés. Une impuissance qui suscite d’autant plus de colère que les affrontements entre les rebelles du Mouvement du 23-Mars (M23) et des groupes de combattants se faisant appeler « wazalendo » (patriotes), soutenus par l’armée congolaise (FARDC), se sont intensifiés ces derniers jours dans les environs de Goma, la capitale du Nord-Kivu.

Le 19 octobre, des dizaines de jeunes hommes, qui avaient été dispersés la veille par la police à coups de gaz lacrymogènes, sont parvenus à déposer au quartier général de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), à Goma, un document émanant de plusieurs organes de la société civile et demandant le départ de la force régionale. « Si ces troupes est-africaines ne font rien sur le terrain, qu’elles s’en aillent ! », plaide Innocent Rugero, le président du Cevar, un collectif de victimes de guerre co-initiateur des deux marches organisées à Goma.

Une défiance qui fait écho aux critiques exprimées par les autorités à Kinshasa. Le 9 octobre, en conférence de presse, Patrick Muyaya, porte-parole du gouvernement et ministre de la communication, a officiellement appelé au non-renouvellement du mandat de l’EAC (reconduit en juin, puis en septembre) et à son départ « à l’échéance du 8 décembre, tel que convenu ». La force régionale, composée de militaires kényans, burundais, ougandais et sud-soudanais, n’a « pas été en mesure de régler les problèmes, notamment du M23 », a-t-il ajouté.

Des soldats qui « restent dans leurs bases »

Ces rebelles, accusés par Kinshasa d’être soutenus militairement par le Rwanda – un appui également évoqué par les experts de l’ONU –, ont conquis de larges pans de la province du Nord-Kivu depuis qu’ils ont repris les armes, en décembre 2021. Après plusieurs médiations diplomatiques menées notamment par le Kenya et l’Angola, les insurgés s’étaient engagés à se retirer en décembre 2022 de plusieurs villes, notamment Kibumba et Bunagana, afin de permettre aux troupes de l’EAC d’instaurer une zone tampon entre les rebelles et l’armée congolaise.

Mais sur le terrain, le constat d’échec est sans appel. Le retrait du M23 n’a jamais été effectif et, malgré le cessez-le-feu officiellement en vigueur depuis mars, les combats entre les insurgés et des groupes armés pro-gouvernementaux ont repris depuis début octobre, notamment autour de Kitshanga. Officiellement, cette localité stratégique du Nord-Kivu d’abord conquise par le M23 était sous contrôle de l’EAC depuis avril. Mais elle est passée début octobre aux mains de milices locales, avant d’être de nouveau investie par le M23. Un retour confirmé par Willy Ngoma, le porte-parole militaire du groupe rebelle.

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Face à ces violences, « les militaires de l’EAC restent dans leurs bases, comme d’habitude », reproche Jean-Claude Mambo Kawaya, président de la société civile de Nyiragongo, un regroupement d’associations. Ces soldats ne prennent pas part aux combats mais l’un des leurs est mort, mardi 24 octobre, après des tirs de mortiers tombés dans un des camps de la force régionale aux environs de Kibumba, à une vingtaine de kilomètres de Goma.

Une semaine plus tôt, le contingent ougandais, en convoi pour le ravitaillement, avait exceptionnellement ouvert le feu après une embuscade tendue par « un groupe armé inconnu » à Rukoro, dans le territoire de Rutshuru, selon un communiqué de l’organisation régionale. Mais l’EAC n’est pas venue pour « combattre les forces négatives » (c’est-à-dire les groupes armés), clarifiait son ancien commandant, le général kényan Jeff Nyagah, avant d’être poussé à la démission en avril par Kinshasa, qui l’accusait de laxisme vis-à-vis du M23.

Vers un « retrait accéléré » de la Monusco ?

Le départ des contingents de l’EAC, s’il a bien lieu le 8 décembre, ne signifie pas nécessairement la fin des missions étrangères dans l’est du pays. La Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), dont fait partie la RDC, a annoncé en mai qu’elle était prête à envoyer des soldats pour soutenir l’armée congolaise, même si à ce jour ni le nombre d’hommes ni le calendrier de déploiement n’ont été officialisés. Une autre force annoncée, angolaise cette fois, tarde aussi à se mettre en place. En mars, le Parlement de Luanda avait validé la création d’une unité de 500 soldats pour superviser la dissolution du M23.

A Goma, ces initiatives régionales sont d’autant plus mal vues que l’opinion demande depuis des années le retrait de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en RDC (Monusco), déployée depuis 1999. La crispation autour de la présence des 14 000 casques bleus s’est accentuée en juillet 2022, après que 36 personnes ont été tuées et 270 autres blessées au cours de manifestations anti-Monusco. Elle s’est intensifiée depuis le 30 août dernier, quand plus de 50 membres d’une secte hostile à l’ONU ont été tués lors d’un assaut des FARDC.

Le président Félix Tshisekedi, candidat à l’élection prévue en décembre, s’en est fait l’écho à la tribune de l’ONU, le 20 septembre, en réclamant le « retrait accéléré de la Monusco » à partir de la fin de l’année. Un mois plus tard, le Conseil de sécurité de l’ONU a annoncé que les grandes lignes d’un « désengagement progressif et ordonné » seraient communiquées d’ici à la fin 2023. Mais un retrait « échelonné » à l’horizon 2024 avait déjà été acté en 2020 dans une résolution du Conseil de sécurité. Des promesses répétées qui ne font qu’alimenter l’impatience des populations.

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L’image des soldats étrangers s’est encore détériorée après l’arrestation, le 1er octobre, de huit casques bleus déployés à Beni (Nord-Kivu) et la suspension d’un officier dans le cadre d’une affaire d’exploitation sexuelle et de violence présumées. Tous appartiennent au contingent sud-africain de la force onusienne et pourraient être impliqués dans ce que les rapports internes qualifient de « violation systématique et généralisée » des règles de l’ONU contre l’exploitation et les abus sexuels.

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