Au Royaume-Uni, le chef de file des travaillistes accusé par la gauche et les musulmans du parti de négliger la cause palestinienne

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Le chef du Parti travailliste britannique, Keir Starmer, le 11 octobre 2023 à Liverpool.

S’agit-il de la première faille sérieuse dans le dispositif de reconquête du pouvoir par les travaillistes britanniques ? Keir Starmer, le chef de file du Labour, qui a méthodiquement restauré l’unité du parti ces trois dernières années et se rêve déjà à Downing Street après les élections générales de 2024, est accusé par de nombreux élus de confession musulmane et/ou représentants de la gauche du mouvement d’avoir gravement manqué de compassion pour les Palestiniens et soutenu inconditionnellement Israël.

Interrogé par le journaliste Nick Ferrari, le 11 octobre sur la radio LBC, qui lui demandait si Israël avait le droit de répondre aux attaques du Hamas du 7 octobre par le siège de Gaza, M. Starmer a répondu : « Je pense qu’Israël a ce droit, c’est une situation évolutive et évidemment, tout devrait être entrepris conformément aux lois internationales. » Cette apparente justification d’une « punition collective » des Palestiniens, selon les termes du secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, est très mal passée auprès des élus et sympathisants travaillistes.

Quelques dizaines de conseillers communaux ont rendu leur carte du parti : huit élus ont fait défection à Oxford, faisant perdre au Labour sa majorité au conseil municipal, neuf élus ont fait de même à la mairie de Glasgow, et six à celle d’Edimbourg. D’autres, conseillers locaux ou députés, ont confié dans les médias britanniques avoir reçu de grandes quantités de plaintes de leurs administrés, dans des circonscriptions à fortes populations musulmanes, comme à Birmingham ou à Leicester. « Je ne peux pas contempler des crimes de guerre sans les condamner le plus vivement possible. Il devrait en être de même pour le Labour » expliquait ainsi sur X (anciennement Twitter), le 20 octobre, Imogen Thomas, conseillère municipale à Oxford.

Mises à l’écart

Les propos de M. Starmer ont relancé le malaise interne, masqué ces derniers mois par la très bonne tenue du Labour dans les sondages (il devance le Parti conservateur de 15 à 20 points). Marié à une juriste de confession juive, M. Starmer a assis son autorité au sein du parti en priorisant la lutte contre les comportements jugés antisémites de certains militants. Son prédécesseur, Jeremy Corbyn, avait fermé les yeux sur ces dérives selon un rapport sans concessions de la Commission britannique à l’égalité et aux droits humains, publié fin 2020.

Pour avoir refusé de faire amende honorable, Jeremy Corbyn a été exclu du groupe parlementaire Labour et même empêché de se représenter à la députation aux élections de 2024 sous l’étiquette travailliste. L’aile gauche du parti a considéré cette mise à l’écart comme une manœuvre pour la marginaliser, tandis que M. Starmer promouvait un programme centriste. La frustration a augmenté à mesure que des élus locaux jugés trop corbynistes étaient écartés. A Leicester, par exemple, l’une des villes les plus multiculturelles du pays (plus de 40 % de la population y est d’origine asiatique, indienne ou pakistanaise), dix-neuf élus municipaux issus de ces populations immigrées ont été désinvestis au printemps, juste avant les élections municipales.

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