« La Révolution et le djihad » : les départs en Syrie, un exemple de la complexité des motivations des djihadistes

0 Shares
0
0
0

Livre. Le djihad n’est pas une autoroute en ligne droite qui va de la mobilisation religieuse à l’attentat. Autrement dit, tout djihadiste n’est pas un terroriste, tout djihad n’est pas global. C’est le sens de l’étude approfondie menée par Montassir Sakhi dans La Révolution et le djihad (La Découverte, 328 pages, 24 euros), un ouvrage dense et complexe, préfacé par le politologue Olivier Roy, spécialiste de l’islam.

Montassir Sakhi s’intéresse à deux phénomènes qui ont joué un rôle majeur dans la sphère djihadiste depuis le début des années 2010. Comment la révolution syrienne, présentée comme laïque et libérale à ses débuts, s’est-elle muée en djihad contre le régime ? Et pourquoi une partie de la jeunesse européenne a-t-elle rejoint le djihad syrien puis, pour certains d’entre eux, l’organisation Etat islamique (EI), jusqu’à commettre des attentats sur le sol européen en retour ?

Répondre à ces deux questions revient à saisir des moments de « cristallisation » essentiels mais que l’on a oubliés aujourd’hui, obnubilés que nous sommes par les attentats de 2015 et les années qui ont suivi. La Syrie est devenue synonyme de djihad global dans l’esprit du grand public, alors qu’elle a été − et reste encore, notamment dans l’enclave d’Idlib − le théâtre d’un djihad national et révolutionnaire complètement occulté par celui, totalitaire et mortifère, de l’EI.

L’échec des démocraties occidentales

Dans la première moitié de son ouvrage, Montassir Sakhi, qui a mené de nombreux entretiens avec des révolutionnaires syriens en exil, explique comment la révolution syrienne de 2011, avant d’être politique, a été morale. Et c’est au nom de cette morale, souvent fondée sur des valeurs religieuses, ainsi qu’en réaction à la violence déchaînée par le pouvoir, que la révolution pacifique s’est muée en djihad armé contre le régime de Bachar Al-Assad. A cet égard, 2013 a marqué un tournant majeur : l’échec des démocraties occidentales à empêcher le régime de franchir la « ligne rouge » des attaques chimiques a précipité une partie des révolutionnaires syriens dans les bras de l’EI et de son projet national alternatif et réactionnaire. Une autre partie, importante, des rebelles y est restée hostile, occasionnant de fratricides combats entre djihadistes antirégime.

Du côté des jeunes Européens qui ont rejoint le djihad syrien, notamment depuis la France et la Belgique, où Montassir Sakhi a interviewé des « revenants », la motivation de départ était fondée sur le secours, l’aide et la solidarité religieuse avec une population martyrisée. Une bonne part de ces djihadistes ont quitté le théâtre syrien à partir de 2014 et la fondation du pseudo-califat de l’EI. Ces revenants-là n’ont pas commis d’attentats, même si nombre d’entre eux ont été judiciarisés.

Il vous reste 16.57% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

source

0 Shares
Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

You May Also Like