La Côte d’Ivoire face au défi de la Coupe d’Afrique des nations

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Des agents de la police montée ivoirienne devant le stade Félix-Houphouët-Boigny d’Abidjan, le 17 octobre 2023.

La Côte d’Ivoire est en chantier. De l’historique stade Félix-Houphouët-Boigny d’Abidjan, que les ouvriers achèvent de remettre à neuf, au béton coulé sur les grands axes routiers, le pays est entièrement tourné vers l’organisation de la Coupe d’Afrique des nations (CAN), qui doit s’ouvrir le 13 janvier 2024.

« Le 13 janvier, c’est demain », souffle un ministre ivoirien face à l’ampleur de la tâche qui reste à accomplir pour que cette CAN soit « la meilleure de l’histoire », comme le souhaite le président Alassane Ouattara. Douze ans après la fin de la crise postélectorale qui a déchiré le pays et fait au moins 3 000 morts, la Côte d’Ivoire joue gros. C’est la première fois qu’elle accueille un événement de cette taille, qui doit être une vitrine tant économique que politique et touristique.

Il y a urgence et encore beaucoup à faire. Signe de l’insatisfaction du chef de l’Etat, il vient de choisir un nouveau premier ministre, Robert Beugré Mambé, dont la tâche première sera de mener à bien la compétition. Nommé le 16 octobre, à deux mois et demi du plus grand rendez-vous sportif continental, l’ex-gouverneur d’Abidjan a un profil taillé pour : cet ingénieur des travaux publics avait déjà été appelé en urgence en 2016 pour organiser les Jeux de la francophonie, qui se déroulaient un an plus tard.

Dans le gouvernement, l’un des rares changements est l’éviction du ministre des sports, Claude Paulin Danho, en guerre ouverte avec François Amichia, le président du comité d’organisation de la CAN. C’est le premier ministre qui est désormais directement en charge du portefeuille des sports, accompagné d’un ministre délégué, Metch Adjé Silas.

Une pelouse inutilisable

Les interrogations autour de la CAN ont laissé place à la crise lorsque le 12 septembre, la pelouse du stade d’Ebimpé (60 000 places), au nord d’Abidjan, s’est retrouvée détrempée et inutilisable après une forte averse, contraignant l’arbitre à suspendre la rencontre entre la Côte d’Ivoire et le Mali. Inacceptable pour une pelouse qui a coûté 1,2 milliard de francs CFA (1,8 million d’euros) ; en moyenne, celles des grands stades européens coûtent deux fois moins.

Au total, l’Etat a investi plus de 500 milliards de francs CFA pour la construction et la réhabilitation des infrastructures. Il lui a fallu construire quatre stades – à Ebimpé, San Pedro (sud-ouest), Yamoussoukro (centre) et Korhogo (nord) –, en réhabiliter deux – à Abidjan et Bouaké (centre) –, remettre en état 24 terrains d’entraînement, faire sortir de terre des « villages CAN » pour l’accueil des joueurs et de leurs staffs…

L’Etat a aussi rénové les routes reliant les villes d’accueil, comme la Côtière, entre Abidjan et San Pedro. Alors que l’axe était devenu quasi impraticable, il faut désormais moins de cinq heures pour parcourir 340 km, contre jusqu’à douze heures auparavant. L’autoroute menant à Yamoussoukro a aussi été prolongée jusqu’à Bouaké, et les plateaux techniques des dispensaires et des hôpitaux ont été modernisés pour correspondre aux besoins des joueurs et pouvoir accueillir des dizaines de milliers de supporteurs.

Autant d’investissements qui doivent profiter aux Ivoiriens. « Cela va booster l’activité des commerçants, les zones industrielles vont redoubler d’ardeur et de créativité pour fabriquer des produits dérivés à l’effigie des stars. Cela va profiter aux hôteliers et aux restaurateurs, qui ont pour beaucoup réhabilité leurs établissements. Il va y avoir des créations d’emplois dans le transport et le tourisme. Et à moyen terme, cela va doper la croissance », détaille l’économiste Yao Séraphin Prao.

Le risque d’un « éléphant blanc »

Et après ? Les autorités veulent éviter des scandales comme celui du bassin olympique des Jeux olympiques de Rio ou du village des athlètes des Jeux d’hiver de Sotchi, à l’abandon. Le risque est de faire de la CAN un « éléphant blanc », comme sont surnommés ces investissements gigantesques qui s’avèrent plus coûteux que rentables.

« Il n’y a eu aucune réflexion préalable sur ce à quoi serviront ces nouveaux stades après la CAN. Des infrastructures à l’ancienne, en béton, non démontables et surdimensionnées », déplore un acteur du secteur qui requiert l’anonymat et pourfend les exigences imposées par le « cahier des charges de la CAF », la Confédération africaine de football.

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La problématique préoccupe aussi les autorités ivoiriennes, qui cherchent des solutions. « Tout au long de l’année, le championnat ivoirien ne draine pas grand monde, il n’est pas raisonnable d’espérer que ces stades soient seulement utiles pour le football », explique Yacouba Konaté, conseiller technique du président du comité d’organisation de la CAN.

Depuis quelques mois, 350 Ivoiriens sont formés aux métiers de l’événementiel culturel et sportif pour que ces structures puissent accueillir d’autres sports que le football, des spectacles, des concerts, mais aussi pour qu’elles soient des lieux de rassemblement au quotidien pour les différentes associations des villes concernées. « On commence à les faire travailler sur les sites de la CAN pour achever leur formation. Mais ensuite, qui va avoir besoin d’eux ? Il va falloir mettre en place un mécanisme pour valoriser tout ce capital humain », poursuit Yacouba Konaté.

Pour l’économiste Yao Séraphin Prao, l’Etat ne pourra pas faire l’économie de mesures sociales s’il veut que la CAN profite aux Ivoiriens : lutter contre le racket des coupeurs de routes et la corruption des forces de l’ordre ; accélérer le déploiement de la couverture maladie universelle… et avant tout, s’assurer du bon déroulement de l’événement. « Si on l’organise bien, s’il n’y a pas de congestion, pas de grabuge, pas de vols, pas d’attentats, je pense que le pays va améliorer son image et attirer les investissements étrangers », prédit Yao Séraphin Prao.

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