Israël-Gaza : les risques incalculables de l’offensive terrestre

0 Shares
0
0
0

Lorsque les forces américaines ont lancé l’invasion de l’Irak, le 20 mars 2003, officiellement pour empêcher le pouvoir de Saddam Hussein de faire usage d’armes de destruction massive, leurs partenaires de coalition supposaient que Washington avait préparé l’après-invasion. L’administration Bush, pensaient-ils, avait forcément un plan pour assurer la transition politique et militaire du pays dont elle s’apprêtait à renverser le régime.

La réalité fut dévastatrice. Non seulement les armes de destruction massive n’existaient pas, mais Washington n’avait pas de véritable plan post-invasion. L’armée américaine se trouva enlisée dans des années de guérilla et de combat urbain qui firent des dégâts considérables dans la population civile et déstabilisèrent durablement le Moyen-Orient.

C’est à ce désastre que le président américain, Joe Biden, a fait allusion lorsque, en visite à Tel-Aviv, le 18 octobre, pour exprimer le soutien de son pays à Israël après l’attaque menée par le Hamas, le 7 octobre, il a demandé au gouvernement israélien de ne pas répéter les erreurs commises par les Etats-Unis, « consumés par la rage » après les attaques du 11-Septembre.

Absence de stratégie du gouvernement israélien

En réaction aux massacres du 7 octobre, Israël a massé autour de Gaza ses troupes, prêtes à envahir le territoire contrôlé par le Hamas, ciblé depuis deux semaines par des missiles, dans le but d’éliminer le mouvement terroriste. Les alliés d’Israël multiplient les mises en garde au gouvernement de Benyamin Nétanyahou sur les risques de cette offensive terrestre. Aux yeux des responsables américains et européens, c’est l’opération de tous les dangers, qui ferait basculer le conflit dans une tout autre dimension.

Outre la menace qui pèse sur les quelque 210 otages retenus dans la bande de Gaza, ils redoutent le nombre inévitable de victimes civiles, alors même que les bombardements aériens ont déjà causé la mort de plus de 5 000 Gazaouis, selon le Hamas. Ils redoutent le risque d’embrasement régional au Moyen-Orient. Ils craignent aussi l’impact que la violence des combats aura sur l’opinion publique arabe, et les répercussions de cette violence dans les sociétés européennes, notamment en France, où juifs et musulmans cohabitent.

M. Biden a tenté de convaincre ses interlocuteurs à Tel-Aviv qu’il existait des alternatives à l’offensive terrestre. Il a dépêché auprès d’eux un général américain qui a l’expérience du combat urbain à Mossoul, en Irak, pour leur expliquer ce à quoi ils s’exposent.

C’est sans doute dans ce contexte qu’il faut appréhender l’étonnante proposition formulée mardi 24 octobre à Jérusalem par le président français, Emmanuel Macron : mettre sur pied une « coalition régionale et internationale », à l’image de celle engagée dans le combat contre l’organisation Etat islamique, susceptible de lutter aussi contre le Hamas. Une proposition peu construite et a priori peu réaliste, mais une autre façon d’essayer de conjurer le projet de l’invasion de Gaza et ses conséquences incalculables.

Les experts américains sont particulièrement inquiets de l’absence de stratégie du gouvernement israélien pour le « jour d’après ». En supposant que l’opération atteigne son but, que faire de Gaza ensuite ? Qui gérera le territoire et sa population meurtrie ? Que signifie exactement « éliminer le Hamas » ? Comment éviter que le mouvement, implanté dans la population palestinienne depuis près de quarante ans, renaisse de ses cendres ? De toute évidence, le gouvernement israélien n’a pas la réponse à ces questions.

Le Monde

source

0 Shares
Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

You May Also Like