Guerre Israël-Hamas : « L’horreur me fait mal au ventre, aux tripes, mais ma tête essaie de continuer à réfléchir »

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Cela fait bien des années que nous sommes nombreux à nous parler presque tous les matins au téléphone : « Il y a du nouveau ? Si ça continue comme ça, ça va mal se terminer, il va y avoir une catastrophe. » La catastrophe est arrivée, et ça ne s’est pas mal terminé parce que ce n’est pas terminé. Mais personne ne pensait que cela prendrait cette forme effroyable et puissante. Nous avons eu tort, cela aussi nous aurions dû l’imaginer. Car l’extrémisme engendre l’extrémisme et vice versa.

L’attaque du 7 octobre était sans conteste un acte terroriste, parce que le Hamas voulait essentiellement tuer des civils, et les tuer avec le plus de souffrance possible. Ils auraient pu se « contenter » des cibles militaires qu’ils ont d’ailleurs atteintes. Le choc politique aurait été tout aussi grand, ils seraient restés moins longtemps en territoire israélien et auraient eu moins de pertes. Mais ils voulaient tuer, et encore tuer, tuer même les morts si c’était possible. Ils voulaient semer la terreur et créer le traumatisme. Ils y ont réussi.

Et, pourtant, il faut continuer à penser. Des dizaines d’années d’occupation, de colonisation sauvage, souvent violentes et surtout, peut-être, extrêmement humiliantes, n’ont fait que radicaliser les mouvements palestiniens. Essentiellement quand – beaucoup de généraux israéliens ou ex-dirigeants du Mossad le reconnaissent – on a souvent aidé le Hamas en douce (surtout au début) et plutôt rabaissé l’Autorité palestinienne, piégée dans des accords de coopération mal respectés, devenue quasiment un supplétif de l’armée israélienne, et dont, en plus, la stratégie de négociations n’a pas donné de résultats tangibles pour son peuple.

Il n’y aura jamais de bon moment

A-t-on le droit de dire ça en ce moment ? Il paraît que non. Mais quand aura-t-on le droit de le dire et si ce n’est pas maintenant, alors quand ? Alors que la catastrophe s’amplifie de jour en jour et que la paix paraît de plus en plus lointaine. Il n’y aura jamais de bon moment. L’écrivain palestinien Karim Kattan, dans une tribune au Monde, le 11 octobre, a dit : « Au Moyen-Orient, exprimer une nuance est déjà un acte révolutionnaire. » Est-ce que cela relativise l’horreur ? Certainement pas. L’horreur me fait mal au ventre, aux tripes, mais ma tête essaie de continuer à réfléchir. Un de mes maîtres, Nathan Milstein, disait toujours : « Ne pense jamais à la note que tu viens de jouer (surtout si elle est mauvaise), pense à celle que tu vas jouer. » Alors, essayons.

On nous faisait croire que la cause palestinienne était devenue une cause secondaire ; c’est faux. Il risque d’y avoir un massacre à Gaza (il est déjà là) ; l’opinion publique qui a plutôt une empathie pour Israël en ce moment (à la suite des massacres) va sans doute se retourner ; nous sommes dans la société victimaire décrite par Guillaume Erner dans La Société des victimes (La Découverte, 2006). Benyamin Nétanyahou va redire pour la énième fois : « Cette fois, ils n’oseront plus recommencer. » Ça recommencera, quelques années plus tard.

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