En Afghanistan, les talibans utilisent des ONG pour contourner les sanctions

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Des enfants rentrent chez eux, à Zabul (Afghanistan), le 24 octobre 2023.

Non seulement les talibans privent les filles d’accès au savoir, mais ils font main basse sur l’aide financière d’urgence envoyée de l’étranger pour leur fournir un minimum d’éducation. Telles sont les conclusions dévoilées, début octobre, par l’Inspecteur général spécial pour la reconstruction de l’Afghanistan (Sigar), agence chargée par le Congrès américain, dont les services traquaient les dérapages budgétaires quand les Etats-Unis étaient encore présents dans le pays, de veiller sur l’emploi des fonds américains. Les Etats-Unis ont versé 185 millions de dollars (174 millions d’euros) depuis le retour des talibans au pouvoir, en août 2021, pour la seule aide éducative.

L’Afghanistan est l’un des pays les plus pauvres au monde, touché par la famine et la sécheresse. C’est aussi une terre où règne désormais un véritable apartheid fondé sur le genre. Les filles ne peuvent plus aller au lycée ni à l’université. La ségrégation entre les sexes est imposée dans tous les espaces publics. Les 81 000 professeures, sur 226 000 enseignants au total, ont quitté les écoles. Le système scolaire a explosé, faute d’avoir pu doubler le nombre de professeurs et s’adapter aux diktats des mollahs incapables, par ailleurs, de payer l’ensemble des enseignants et d’entretenir les bâtiments scolaires.

Pour venir en aide aux filles, dans le primaire mais aussi dans le secondaire, les ONG afghanes et internationales, souvent soutenues par des communautés rurales ayant goûté aux avantages de l’éducation, au cours des vingt dernières années, ont mis en place, grâce aux bailleurs étrangers, des systèmes d’éducation parallèle. Des écoles communautaires ont vu le jour dans un grand nombre de provinces, et l’éducation à distance, entre autres grâce à des programmes radio, s’est développée. A lui seul, le programme Girls’Education Challenge de l’Usaid a permis d’accueillir 5 100 élèves au sein de 188 écoles communautaires privées et classes d’apprentissage accéléré. Si ce système est précaire, il a su attirer une aide financière étrangère importante.

Manuels et fournitures détournés

Cette manne est d’autant plus intéressante pour les talibans que leur régime fait toujours l’objet de lourdes sanctions internationales. En août, le Sigar a mené une enquête auprès des ONG chargées de suivre les projets d’écoles communautaires ouvertes grâce aux donateurs internationaux. Il a découvert que les talibans prélevaient des taxes sur les salaires versés aux enseignants et forçaient les ONG à s’approvisionner auprès de magasins tenus par des islamistes. Des manuels scolaires et des fournitures achetés pour les établissements ont été retrouvés en vente sur les marchés locaux après avoir été volés ou détournés.

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