Election présidentielle à Madagascar : l’ex-judoka Siteny entre en campagne et fragilise le boycott de l’opposition

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L’ancien judoka Siteny Randrianasoloniaiko, candidat à l’élection présidentielle à Madagascar, lors d’un meeting de l’opposition à Antananarivo, le 21 octobre 2023.

Il se défend d’avoir brisé l’unité de l’opposition. L’ancien judoka Siteny Randrianasoloniaiko est entré en campagne pour affronter le président malgache sortant, Andry Rajoelina, laissant les dix autres candidats du « collectif des 11 » poursuivre seuls leur boycott d’une élection qu’ils considèrent comme biaisée et jouée d’avance. Dimanche 22 octobre, le candidat n° 13 a tenu son premier meeting à Vohémar, dans le nord de l’île, où l’effondrement du secteur de la vanille a ruiné des milliers de planteurs.

« Ce n’était pas un secret. J’avais prévenu que je ne laisserai pas Andry Rajoelina aller seul à l’élection, explique au Monde l’ancien athlète réputé proche des Russes. Nous n’avons pas confiance dans les institutions qui organisent le scrutin [la Commission électorale nationale indépendante (CENI) et la Haute Cour constitutionnelle (HCC)], mais l’histoire montre que ceux qui ne participent pas finissent toujours par être perdants. Je n’ai pas le choix. » « Siteny », comme le nomment les Malgaches , assure néanmoins conserver son soutien aux revendications des « 11 », y compris le report de l’élection.

Le scrutin, estime l’opposition en s’appuyant sur la Constitution, ne peut pas se tenir dès lors que l’un des candidats est empêché. Or l’un d’eux est toujours en rémission à l’île Maurice. Gravement blessé à l’œil droit par des tirs lacrymogènes des forces de l’ordre lors d’une marche le 2 octobre, Andry Raobelina a été évacué puis opéré. Les médecins lui ont interdit de prendre l’avion pendant trente jours. Lundi, ses avocats ont déposé une nouvelle requête auprès de la HCC afin qu’elle reconnaisse une situation de « force majeure » liée à la santé de leur client et ajourne de nouveau l’élection.

De gros moyens financiers

Prévu le 16 novembre, « le premier tour a été décalé d’une semaine seulement, c’est une plaisanterie », estime « Siteny ». Mais l’ex-judoka n’a pas toujours été aussi critique des autorités. S’il se dit « trahi, comme tous les Malgaches, par des promesses non tenues », c’est sous la bannière de la majorité présidentielle IRD que le député de Tuléar, la ville dont il est originaire, avait été réélu en 2019 après avoir tourné le dos au parti de l’ancien président Hery Rajaonarimampianina, auquel il était affilié.

A Madagascar, l’ex-judoka à l’allure imposante est avant tout connu pour les fonctions qu’il occupe dans les instances sportives nationales et internationales. Président du Comité olympique malgache, il est également à la tête de l’Union africaine de judo et vice-président de la Fédération internationale de judo (FIJ). Un poste où il s’est lié d’amitié avec le Roumain Marius Vizer, président de la FIJ et proche de Vladimir Poutine – lui-même judoka accompli et ambassadeur de la FIJ jusqu’à sa suspension au début de la guerre en Ukraine.

Ces fréquentations valent au candidat malgache d’être suspecté de financement en sous-main par la Russie. Des accusations dont il se défend, sans clarifier pour autant l’origine des fonds injectés dans sa campagne. Car avec Andry Rajoelina, « Siteny » est certainement le candidat qui dispose des moyens financiers les plus importants, notamment pour se déplacer en hélicoptère à travers un pays dépourvu de routes.

Dès janvier, et bien avant l’annonce de sa candidature, il s’était lancé dans un « mihava tour » (« à l’écoute du peuple », en malgache) pour recueillir les doléances de la population et bâtir un programme qui fait une large place à la décentralisation. « Je n’ai aucun lien politique avec la Russie, affirme-t-il. Mon argent provient de mon entreprise, de ma famille et de ceux qui me font confiance à Madagascar et à l’étranger. » Outre la création de la British school of Madagascar, Siteny a aussi développé des activités dans le domaine de la communication et de l’immobilier.

Préavis de grève

Dans l’immédiat, le départ en solitaire de « Siteny » ne semble pas entamer la détermination du reste de l’opposition, dans laquelle figurent deux anciens chefs de l’Etat, Marc Ravalomanana et Hery Rajaonarimampianina. Après avoir réuni quelque 50 000 partisans samedi au coliseum d’Antsonjombe, à Antananarivo, le collectif a repris lundi ses marches pacifiques dans la capitale, comme presque chaque jour depuis le lancement officiel de la campagne, le 10 octobre. Des rassemblements sont également organisés en province.

« L’environnement électoral n’a pas changé. Les conditions ne sont pas réunies pour une élection propre », constate Hajo Andrianainarivelo, président et candidat du parti MMM. Le collectif réclame la mise sur pied d’institutions électorales impartiales, l’annulation de la décision de la HCC confiant le pouvoir intérimaire au premier ministre Christian Ntsay et la disqualification de la candidature d’Andry Rajoelina en raison de sa nationalité française acquise en 2014 par naturalisation.

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Craignant que la situation dégénère , la plateforme Solidarité syndicale de Madagascar, qui regroupe 86 organisations des secteurs public, privé et de l’informel, menace de bloquer l’administration du pays si le président sortant et les douze candidats ne se mettent pas autour d’une table pour trouver une issue politique à la crise. Un préavis de grève a été déposé pour le 26 octobre.

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