Agnès Desmazières, historienne : « Le silence de Vatican II sur les violences sexuelles questionne la capacité de réforme de l’Eglise »

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Fait méconnu, les violences sexuelles cléricales ont suscité, dans le cadre de la préparation du concile Vatican II (1962-1965), un important débat auquel une centaine d’évêques, dont le futur pape Paul VI, ont participé en mai 1962. Ce débat témoigne d’une conscience, dès cette époque, de la gravité des violences sexuelles sur les mineurs et de l’étendue du phénomène.

Les échanges se sont cependant rapidement orientés vers la question de l’opportunité même de traiter du sujet au concile, dans un contexte de médiatisation grandissante. Le souci de présenter une image positive de l’Eglise catholique a ainsi ultimement conduit à une occultation du problème.

La réflexion a pris son point de départ dans les vœux pour le concile exprimés par l’Université pontificale salésienne [une université catholique établie à Rome], qui, au vu de l’émergence d’une nouvelle « sensibilité sociale », réclamait une pénalisation plus sévère des violences sexuelles sur les mineurs. L’université demandait également que puissent être punies les « violations de la justice sociale » commises par des clercs, signe d’une perception accrue des diverses atteintes à la dignité des personnes.

Risque de scandale

La proposition de l’université, reprise par la commission pour la discipline du clergé, préparatoire à Vatican II, sert alors de base à la rédaction d’un schéma, de nature juridique et de facture austère, intitulé « Des censures et de leur réserve », destiné à être approuvé au cours du concile. C’est ainsi que les agresseurs sexuels, clercs ou religieux, se verraient excommuniés, peine la plus grave qui puisse être infligée et qui a une portée hautement symbolique. Cette peine a aussi une origine ancienne, puisqu’elle est déjà mentionnée au IVᵉ siècle à propos de la pédocriminalité cléricale – elle fut ensuite tombée en désuétude.

Cette peine, au contraire de la plupart de celles traditionnellement portées contre les agresseurs sexuels, avait l’avantage de pouvoir être prononcée aussi contre des religieux non prêtres. L’université se préoccupait en particulier des agressions sexuelles perpétrées en contexte scolaire par les membres de congrégations enseignantes. Le schéma, dans la ligne du vœu de l’université, prévoyait également que l’excommunication soit prononcée latae sententiae, c’est-à-dire qu’elle revête un caractère automatique, permettant ainsi une réaction rapide.

Avant d’être proposé à la discussion au concile, le schéma est débattu au sein de la commission centrale préparatoire, en vue de déterminer si l’examen du document pouvait être inscrit dans l’agenda conciliaire. Les échanges révèlent alors des attitudes différenciées à l’égard des violences sexuelles cléricales, qui n’épousaient pas les lignes « politiques » usuelles.

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