La journaliste russo-américaine Alsu Kurmasheva emprisonnée par Moscou

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Alsu Kurmasheva, une journaliste russo-américaine de Radio Free Europe/Radio Liberty, au tribunal Sovetski de Kazan (Russie), le 20 octobre 2023.

La journaliste russo-américaine Alsu Kurmasheva a été placée en détention provisoire par un tribunal de la ville de Kazan, lundi 23 octobre. Cette mesure, qui pourra être reconduite après le 5 décembre, met fin au flottement qui avait suivi son arrestation, le 18 octobre, période durant laquelle elle n’était placée que sous le régime de la garde à vue.

Mme Kurmasheva, qui réside à Prague avec son mari et ses deux filles adolescentes, était piégée en Russie depuis le mois de mai. Elle était alors rentrée dans sa région d’origine, le Tatarstan, pour une « urgence familiale », avant de se voir interdire de vol retour et de se faire confisquer ses deux passeports, au motif qu’elle n’aurait pas déclaré aux autorités russes sa nationalité américaine.

L’arrestation est intervenue dans un second temps, cinq mois plus tard. Il lui est désormais reproché d’avoir omis de se déclarer comme « agent de l’étranger », un label qui se veut à la fois infamant et imposant de lourdes contraintes au quotidien, et dont les règles d’attribution n’ont cessé de changer au cours des ans.

Jusqu’à cinq ans de prison

Selon l’accusation, Alsu Kurmasheva aurait dû avoir conscience de son statut dès lors qu’elle était engagée dans « la collecte intentionnelle d’informations concernant des activités militaires » pouvant être « nuisibles à la sécurité de la Russie », selon les termes du tribunal. Il s’agit de la première affaire pénale en Russie lancée contre un citoyen accusé de ne pas s’être dénoncé lui-même. Mme Kurmasheva risque pour ces faits une peine allant jusqu’à cinq ans de prison.

La journaliste était depuis 1998 l’un des piliers de Radio Free Europe/Radio Liberty (RFE/RL), média sur Internet financé par le gouvernement américain. Elle collaborait aux versions en langues russe, tatare et bachkire de cette publication, où elle traitait aussi bien de sujets sociaux que de la gouvernance du Tatarstan, une des régions les plus corrompues et autoritaires de Russie.

Radio Svoboda, le nom russe de RFE/RL, est elle-même bloquée sur le territoire russe et considérée comme « agent de l’étranger » mais, en théorie, ce classement n’a pas de conséquences légales pour ses employés.

Doublement vulnérable

Depuis le début de la guerre en Ukraine, Idel. Reali, la branche locale du média, a largement couvert les conséquences du conflit au Tatarstan et au Bachkortostan, régions situées entre la Volga et l’Oural, où vivent des minorités ethniques non russes. Depuis Prague, Alsu Kurmasheva avait notamment écrit sur l’envoi au front d’enseignants. Elle a aussi participé à la publication d’un livre publié en 2022 et intitulé « Dire non à la guerre, 40 histoires de Russes opposés à l’invasion russe de l’Ukraine » (en russe, non traduit).

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