Guerre Israël-Hamas : « Le terme de “résistance” aurait-il le pouvoir d’absoudre les crimes que l’on commet en son nom ? », interroge le philosophe Jacob Rogozinski

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« Mal nommer un objet, c’est ajouter au malheur de ce monde. » Cette admirable formule d’Albert Camus a gardé toute sa force. Le Hamas doit-il être désigné comme un mouvement de résistance ou comme une organisation terroriste ? La réponse décide de l’attitude qu’il convient d’adopter, après le pogrom du 7 octobre, envers ceux qui en sont responsables. Une députée de La France insoumise [Danièle Obono] a déclaré que « le Hamas est un mouvement de résistance » parce qu’il « résiste à une occupation ». La noblesse de la cause permettrait de justifier l’atrocité de ces crimes ; ou du moins de les condamner modérément, comme des actes répréhensibles, mais qui valent ceux que l’on impute à l’armée d’Israël.

Qu’en est-il de ce terme, « résistance », qui aurait le pouvoir d’absoudre les crimes que l’on commet en son nom ? Cette notion est équivoque tant que l’on n’a pas repéré qui résiste, comment et dans quelle perspective. Après 1918, alors que l’armée française occupe la Rhénanie, des nationalistes allemands commettent des sabotages. L’un de leurs chefs, Albert Leo Schlageter, est fusillé par les Français [en 1923]. Il sera célébré comme un héros par les nazis. Les causes les plus abjectes ont aussi leurs résistants et leurs martyrs.

Comme toute occupation militaire, celle de la Cisjordanie par Israël est la cause d’humiliations, de violences et de morts. Et pourtant l’on se trompe si on croit que les actions de ceux qui la combattent seraient toujours légitimes parce qu’ils s’opposent à une injustice. Tous les terrorismes se justifient en prétendant qu’ils veulent réparer un tort. Ce qui est décisif n’est pas le tort en question, mais le caractère du dispositif dans lequel il est invoqué : s’agit-il d’un dispositif d’émancipation ou d’un dispositif de terreur ? Pour le savoir, il faut prendre en compte ses objectifs et les arguments qui lui permettent de se légitimer. Le projet du Hamas est exposé dans sa charte de 1988, toujours en vigueur aujourd’hui.

« Monstre » indigne de vivre

Selon elle, les Israéliens doivent être combattus de façon implacable non seulement parce qu’ils occuperaient la Palestine, mais parce qu’ils sont juifs. Le Hamas se définit comme un mouvement islamique engagé dans un djihad qui doit être mené jusqu’à l’anéantissement de l’Etat d’Israël. Quant au sort réservé aux juifs, la charte invoque une déclaration attribuée à Mahomet qui annonce que « le jour du Jugement dernier ne viendra pas » avant que les musulmans n’aient engagé une guerre totale pour en finir avec eux (article 7).

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