Dans l’Ukraine en guerre, la vertu du débat démocratique

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Au cours d’un conflit qui promet de durer et à l’ombre d’un Moyen-Orient qui s’embrase, l’Ukraine entame, en toute discrétion, un chapitre dont seules les démocraties connaissent le nom. Après le temps de l’union sacrée des premiers mois, celui d’un débat public et critique sur les décisions des autorités du pays est ouvert. Au sein de l’opinion et de l’armée comme parmi les élus, des voix remettent en cause une parole officielle sur laquelle elles entendent influer. Mais, en filigrane, la question des effets d’une telle liberté est aussi posée. Est-elle une force ou une faiblesse, alors que l’Ukraine tente de repousser l’armée russe hors de ses frontières ?

Le 27 septembre, devant la mairie d’Odessa, la grande ville portuaire du sud de l’Ukraine, des dizaines de mères et de femmes de soldats tués au combat sont réunies, entourées de plusieurs centaines de personnes, dont des hommes. Le conseil municipal doit discuter d’appels d’offres visant la rénovation de bâtiments publics, dont le palais de justice. « Nous sommes ici, dit Ekaterina Nozhevnikova, l’organisatrice de la manifestation, pour dénoncer la volonté du maire d’investir dans des projets sans lien avec la guerre en cours. »

Lire aussi l’analyse : Article réservé à nos abonnés Ukraine : les vertus guerrières de la démocratie

Figure locale, à la tête de sa fondation Monsters Corporation, elle affirme ne pas mettre en cause la légitimité du pouvoir en place, même si elle dit craindre la corruption. « Nous pensons qu’il doit se concentrer sur l’effort de guerre alors qu’il reprend ses habitudes d’avant et gère la ville comme si nos soldats ne mouraient pas chaque jour sur le front. » Elle ajoute : « Nous avons déjà eu des résultats, ils ont promis de consacrer une partie des fonds publics à l’achat de drones, mais cela ne suffit pas ; nous reviendrons ici autant de fois qu’il faudra, on ira à Kiev s’il le faut. »

Normes des sociétés démocratiques

Dans la foule, Tina, 37 ans, dont le mari est sur le front sud : « Je suis ici pour partager ce que je ressens avec d’autres personnes, sans craindre d’être arrêtée. » Anna, 41 ans, porte sur les épaules la veste de son mari tué par les Russes le 25 septembre 2022. « Odessa était connue pour son égoïsme, cette foule est une première, cela prouve que l’on peut faire bouger les choses. » D’autres manifestations de même nature ont vu le jour, en septembre, dans le pays, notamment à Lviv, Kiev, Ternopil, Loutsk, Jytomyr, Oujhorod ou encore Bila Tserkva.

Ces prises de parole font aussi écho aux exigences posées par l’Union européenne pour que les règles de gouvernance ukrainienne et de son administration s’ajustent, même en temps de guerre, aux normes des sociétés démocratiques, en vue d’une possible adhésion. Alors que les soldats se battent, il s’agit de gagner aussi une autre bataille, celle d’un Etat de droit et d’une nouvelle Ukraine. « Et pourquoi pas une élection présidentielle ? », lâche un manifestant. Une perspective un temps soutenue par le Congrès américain pour mars 2024, fin du mandat officiel de Volodymyr Zelensky, mais repoussée depuis, faute de moyens financiers et de sécurité.

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