Imran Khan, ex-premier ministre du Pakistan, inculpé pour « divulgation de documents classifiés »

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L’ancien premier ministre pakistanais Imran Khan, incarcéré depuis août, a été inculpé lundi 23 octobre de « divulgation de documents classifiés », a annoncé le procureur Shah Khawar, de l’Agence fédérale d’investigations. Ce dernier s’est exprimé devant la prison d’Adiala dans le district de Rawalpindi, au sud de la capitale Islamabad, où M. Khan est détenu.

« Il a été inculpé aujourd’hui et l’acte a été lu à haute voix en sa présence », a déclaré le procureur. L’affaire concerne un câble diplomatique de l’ambassadeur du Pakistan aux Etats-Unis, que M. Khan a présenté comme la preuve d’un complot américain contre lui soutenu par les militaires pakistanais. Les Etats-Unis et l’armée pakistanaise ont démenti cette affirmation.

Shah Mehmood Qureshi, ancien ministre des affaires étrangères et numéro deux du parti fondé par Imran Khan, le Pakistan Tehrik-e-Insaf (PTI), a également été inculpé dans cette affaire. Selon les avocats de M. Khan, cette accusation est passible de quatorze ans de prison, voire, dans les circonstances les plus extrêmes, de la peine de mort.

Les deux hommes ont été inculpés en vertu de la loi sur les secrets officiels, qui date de l’époque coloniale, lors d’une procédure « menée dans les locaux du tribunal, sans accès du public ou des médias », a déclaré un porte-parole du PTI. « Nous allons contester cette décision », a déclaré à la presse l’avocat de M. Khan, Umar Khan Niazi, ajoutant : « Le public est derrière Imran Khan. »

Poursuivi dans plus de deux cents affaires

Ancienne star du cricket, M. Khan arrivé au pouvoir en 2018 avant d’être destitué par une motion de censure en avril 2022. Il jouit encore d’un immense soutien populaire au Pakistan. Mais sa campagne de défiance à l’égard du puissant establishment militaire a été suivie d’un sévère retour de bâton. Des milliers de sympathisants du PTI ont été arrêtés, et la quasi-totalité des dirigeants ont été contraints à la clandestinité. Nombre d’entre eux ont ensuite abandonné le parti.

M. Khan est poursuivi dans plus de deux cents affaires depuis son départ du pouvoir. Il considère que ces poursuites sont motivées par des considérations politiques et accuse l’armée, qui l’avait aidé à accéder au pouvoir en 2018 mais dont il a depuis perdu le soutien selon les analystes, de chercher à l’empêcher de reprendre la tête du pays.

L’ancien chef du gouvernement pakistanais a déjà été condamné, samedi 5 août, à trois ans de prison pour corruption. La cour d’Islamabad l’a reconnu coupable d’avoir caché « les bénéfices qu’il a tirés du Trésor public de manière délibérée et intentionnelle ». Son arrestation avait déclenché de violentes manifestations de la part de ses supporteurs dans tout le pays contre l’armée.

La commission électorale avait commencé à enquêter sur cette affaire dite « Toshakhana » dès octobre 2022. L’homme politique et ancien champion de cricket est soupçonné d’avoir racheté des cadeaux reçus lorsqu’il était au pouvoir et dont il a sous-estimé la valeur, avant de les revendre au prix fort pour un profit non déclaré.

Fin août, un tribunal d’Islamabad avait suspendu sa condamnation pour corruption. Mais M. Khan reste en détention provisoire pour l’affaire des documents divulgués.

Retour au Pakistan de l’ex-premier ministre Nawaz Sharif

Le Pakistan est actuellement dirigé par un gouvernement intérimaire. Des élections, repoussées de plusieurs mois, doivent en principe avoir lieu en janvier 2024.

A l’approche de ce scrutin, l’ancien premier ministre pakistanais Nawaz Sharif, principal adversaire politique d’Imran Khan, a fait son retour samedi à Islamabad après quatre ans d’exil volontaire à Londres.

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Il reste sous le coup d’une condamnation à sept ans de prison pour corruption datant de 2018, une peine qu’il n’a que partiellement effectuée. Un tribunal d’Islamabad lui avait accordé deux jours plus tôt la liberté sous caution, ce qui lui a évité d’être arrêté à son retour.

Le sort des dirigeants pakistanais dépend de leurs relations avec l’armée, et les tribunaux pakistanais sont souvent utilisés pour engluer les dirigeants politiques dans d’interminables procédures, destinées selon les défenseurs des droits humains à étouffer toute contestation.

Le Monde avec AFP

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