En Chine, les jeunes délaissent l’industrie pour la livraison

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On les voit slalomant entre les voitures ou trottinant dans les centres commerciaux, en vestes jaune vif ou bleu ciel : les livreurs de repas, de courses ou de colis font vivre les villes chinoises. Infatigables, ils permettent à la classe moyenne de boire un café sans descendre du bureau ou de dîner devant la télévision sans faire la cuisine ni la vaisselle.

Avec une demande en constante augmentation, les plates-formes proposent des salaires alléchants dans les grandes villes. Assez pour détourner une partie des ouvriers des chaînes de production qui font tourner les usines chinoises : le ministère des ressources humaines estime que, en 2025, près de 30 millions de postes seront à pourvoir dans l’industrie. En dépit de cela, la livraison constitue une aubaine pour les jeunes moins diplômés, qui apprécient la liberté du poste, quitte à occuper un emploi précaire.

La première raison pour choisir la livraison est imparable : l’argent. « Je pense que livreur, c’est plus difficile que de bosser à l’usine : on n’arrête pas, et il faut être dehors même quand il pleut, quand il vente ou quand il fait froid. Mais ce n’est pas grave, parce qu’on gagne plus ! », s’exclame M. Zhao (il ne donne que son nom de famille), 30 ans, en veste et casque bleu ciel, de la plate-forme Ele.me, détenue par le géant Alibaba. Assis sur son scooter, il attend les commandes à l’extérieur d’une zone de restauration spécialisée dans la livraison à domicile, au sud de Shanghaï. A 16 ans, M. Zhao a quitté son collège de la province pauvre du Henan (dans le centre du pays) pour travailler dans l’industrie textile, puis dans la restauration. « A l’usine, il faut aussi travailler longtemps, et puis il y a souvent des équipes de nuit, c’est mauvais pour la santé », estime-t-il.

Tout comme lui, plus de 200 millions de personnes exercent désormais un « emploi flexible » en Chine, a révélé, en 2022, le Bureau national des statistiques. Parmi eux, 13 millions de livreurs de repas. Le métier séduit en particulier les jeunes : à Canton, la métropole du Sud, trois quarts des 80 000 livreurs de repas avaient moins de 25 ans en 2021, d’après la Fédération des syndicats de la ville.

« On est crevés, mais on gagne de l’argent »

L’emploi de livreur attire aussi des jeunes diplômés. A côté de M. Zhao, M. Zhu, 20 ans, sort d’une licence professionnelle d’architecture. En raison de la crise immobilière, le jeune homme à lunettes n’a pas trouvé de travail dans sa spécialité. Alors il est venu à Shanghaï pour tenter d’économiser un peu d’argent en travaillant comme livreur : il y passe douze heures par jour, sept jours sur sept.

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