A Lomé, les putschistes du Sahel entre justifications et menaces

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Le général Mohamed Toumba, ministre nigérien de l’intérieur depuis le coup d’Etat qui a renversé le président Mohamed Bazoum le 26 juillet, à Niamey, le 4 septembre 2023.

A Lomé, trois jours durant, la parole était aux accusés. Du vendredi 20 au dimanche 22 octobre, la capitale du Togo a offert une tribune libre aux putschistes du Mali, du Burkina Faso et du Niger à l’occasion du Forum pour la paix et la sécurité. Initiateur de cette réunion alors que ces trois régimes militaires sont sous sanction de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), le gouvernement togolais défend une diplomatie qui se veut pragmatique et promeut le dialogue avec les juntes en rupture de ban avec leurs voisins et les Occidentaux, la France en premier lieu.

Parmi les personnalités les plus attendues de la réunion figurait le général Mohamed Toumba, ministre nigérien de l’intérieur depuis le coup d’Etat qui a renversé le président Mohamed Bazoum, le 26 juillet. Manifestement en confiance, l’officier a l’imposante carrure a pu menacer « haut et fort », dimanche à la tribune de l’hôtel 2 Février, ceux qui seraient tentés de restaurer par une intervention militaire le pouvoir de celui qu’ils détiennent depuis bientôt trois mois. « Replacer le président Bazoum est une utopie », a estimé le général Toumba, avant de conclure : « Si on force, c’est peut-être son cadavre qu’il faudra venir chercher. »

Jeudi, la junte avait accusé Mohamed Bazoum d’avoir tenté de s’évader à l’étranger, procédant dans la foulée à l’arrestation de complices présumés. Depuis, les avocats du président déchu se sont inquiétés de ne plus avoir de nouvelles de lui et ont réclamé, sans succès, une preuve de vie. « Il va bien. Il est toujours avec sa famille, avec son fils », à la résidence présidentielle, a répondu au Monde le général Toumba, sans plus de précisions.

L’opération militaire brandie par la Cedeao semble chaque jour plus improbable, mais la menace du ministre nigérien de l’intérieur a provoqué un silence glacial dans la salle, sidérant l’assemblée composée d’hommes politiques africains, de représentants d’instances internationales et d’intellectuels.

Le Togo joue sa propre partition

Devant l’irruption de ces pouvoirs militaires au Sahel, qui jouent une partition mêlant nationalisme, autoritarisme et rejet des pressions occidentales, le Togo, bien que membre fondateur de l’organisation ouest-africaine, joue sa propre partition, privilégiant, selon sa vision, le dialogue et l’accompagnement des juntes vers une transition démocratique – l’objet même de ce forum de Lomé. Quitte à froisser certains chefs d’Etat voisins. Aucun n’a fait le déplacement ce week-end.

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