Ne pas tomber à Gaza dans le piège du Hamas

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Des Jordaniens manifestent à Amman, le 18 octobre 2023, après une explosion, la veille, à l’hôpital Al-Ahli, à Gaza.

Les islamistes palestiniens connaissent d’autant mieux Israël que de longues années de prison ont permis à nombre de leurs cadres et militants d’apprendre l’hébreu. Il est dès lors exclu qu’ils soient surpris par la violence de la riposte israélienne et par la dévastation qu’elle a d’ores et déjà causée dans la bande de Gaza. Non seulement la direction du Hamas s’y est préparée, mais elle a planifié la cruauté systématique des massacres terroristes du 7 octobre pour que les représailles israéliennes atteignent justement ce niveau paroxystique.

Le gouvernement Nétanyahou et ses soutiens étrangers auraient dès lors tort de s’illusionner sur l’efficacité de la campagne en cours, et ce sans même prendre en compte les considérations humanitaires. Il leur faut au contraire s’interroger sur le piège que le Hamas pourrait bien être en train de refermer sur Israël à Gaza.

Une longue histoire de manipulation

En septembre 1973, le gouverneur israélien à Gaza participe à la cérémonie d’inauguration de la mosquée du cheikh Ahmed Yassine, qui dirige les Frères musulmans dans l’enclave palestinienne, occupée depuis déjà six ans. Les autorités israéliennes ont en effet décidé de jouer les islamistes de Gaza contre les nationalistes de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), dont la guérilla de basse intensité a été écrasée par le général Ariel Sharon. Ce pari sur les islamistes palestiniens suscite un vif débat au sein de l’armée et des renseignements en Israël, mais il est tranché en faveur de Yassine qui obtient, en septembre 1979, l’autorisation de recevoir des financements étrangers.

Les accrochages qui s’ensuivent entre partisans de l’OLP et islamistes à Gaza confortent en Israël les tenants du « diviser pour régner ». Ceux-ci se félicitent même de la fondation, par le cheikh Yassine, en décembre 1987, du Hamas, l’acronyme arabe du Mouvement de la résistance islamique, tant cela affaiblit l’intifada, soit le soulèvement non armé de l’OLP dans les territoires occupés.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Guerre Israël-Hamas : l’Egypte se pose en médiateur de premier plan

Alors que des milliers de militants de l’OLP sont emprisonnés, il faut attendre mai 1989 pour que le cheikh Yassine soit détenu par Israël, puis condamné à la perpétuité pour terrorisme. En décembre 1992, des centaines d’islamistes palestiniens sont expulsés vers le Liban, où ils nouent avec le Hezbollah une alliance déterminante dans la prolifération des attentats-suicides, au nom du refus de la paix signée entre Israël et l’OLP.

En juillet 1997, le premier ministre, Benyamin Nétanyahou, libère pourtant Yassine en échange de deux agents du Mossad (le service de renseignement israélien) qui ont échoué à assassiner un autre dirigeant du Hamas en Jordanie. Le retour triomphal du chef islamiste à Gaza porte un coup sévère à Arafat et à son Autorité palestinienne. Le processus de paix s’effondre avec la deuxième intifada, marquée, en mars 2002, par la réoccupation israélienne de la Cisjordanie. Ariel Sharon, désormais premier ministre, refuse néanmoins de liquider l’Autorité palestinienne, tout en décapitant le Hamas, avec un raid meurtrier contre Yassine, en mars 2004. Le retrait unilatéral de Gaza, décidé par Sharon en septembre 2005, consolide deux enclaves palestiniennes, l’une contrôlée par l’OLP en Cisjordanie et soumise à la pression de la colonisation, l’autre aux mains du Hamas dans une bande de Gaza sous blocus.

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