Guerre Israël-Hamas : à Nour Shams, les combattants et les morts célébrés après une intervention de l’armée israélienne

0 Shares
0
0
0

Il y avait encore trop de traces de sang sur le sol à peine lessivé, trop de souillure, trop de mort et de violence flottant dans la mosquée de Nour Shams pour y organiser la prière, lors de l’enterrement des treize hommes et garçons tués dans le camp de réfugiés de Cisjordanie, dans le cadre d’une opération israélienne qui venait de s’achever. Vendredi 20 octobre, les forces israéliennes se sont tout juste retirées, après vingt-sept heures d’une intervention qui a mobilisé un fort contingent, de leur côté, et entraîné des combats avec des éléments armés dans les rues du camp adjacent à la ville palestinienne de Tulkarem, dans le nord-ouest de la Cisjordanie.

A moins de 10 kilomètres, une fois les checkpoints passés, s’ouvre une autoroute israélienne
nord-sud immaculée. Plus bas, des parcs technologiques, des centres commerciaux, puis les tours de Tel-Aviv. Un tout autre monde, qui se sait en guerre depuis le 7 octobre. Alors que l’opération militaire d’envergure à Gaza incluant une présence au sol n’a pas encore démarré, les forces de sécurité israéliennes visent les éléments du Hamas présent en Cisjordanie. Ce n’est pas exceptionnel, mais à la lumière du contexte, cela a déjà un air de répétition en miniature de combats plus larges à venir.

Des drapeaux des Brigades des martyrs d’Al-Aqsa et du Hamas, lors des funérailles des victimes du raid de l’armée israélienne, dans le camp de réfugiés de Nour Shams, en Cisjordanie, le 20 octobre 2023.

Ici, dans le camp aux ruelles si minces qu’on y passe difficilement, pour certaines, à deux de front, vivent environ 10 000 personnes. L’égout à ciel ouvert, non loin, envoie ses miasmes. Des affrontements ont eu lieu et les forces israéliennes ont eu le dessus, mais non sans des difficultés inattendues. A présent, Nour Shams est accaparé par ses morts. La prière avant leur inhumation aura lieu dans une vaste cour. Les convois funéraires, déjà, circulent à travers les rues, portant sur des brancards les corps des jeunes qui vont être mis en terre. Certains ont leur linceul recouvert par un drapeau vert du Hamas, ou noir, celui du Jihad islamique. Sur le corps de l’un des morts, on a déposé un fusil d’assaut le temps de la procession. Les appels à la vengeance sont ponctués de coups de feu nourris, le sol brille de douilles. Il y a eu treize morts en un peu plus d’une journée d’affrontements et de tirs dans le camp.

Nour Shams n’est pas entré dans la violence sans prévenir. Une petite brigade locale baptisée « Réaction rapide », basée à Tulkarem, y opère depuis 2022 avec une relative autonomie, à l’image d’autres groupes armés de Cisjordanie. Ce groupe ne compterait, selon une source diplomatique, que quinze à vingt membres. Mais dernièrement, des éléments du Hamas et du Jihad islamique semblent être arrivés ici. Début octobre, plusieurs opérations de l’armée israélienne ont eu lieu. La nuit, des barrages étaient érigés pour protéger le camp. La dernière, dans la nuit de mercredi à jeudi, était d’une tout autre ampleur. Les communiqués israéliens le reconnaissent : les forces engagées dans le camp ont eu affaire à forte partie. Sans cela, l’opération destinée à appréhender des éléments des groupes armés – le Hamas, en tout premier lieu – aurait été plus courte. Les forces de gardes-frontières qui y ont participé ont enregistré des pertes inhabituelles : dix-neuf blessés et un mort.

Il vous reste 62.28% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

source

0 Shares
Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

You May Also Like