Russie : la détention de la journaliste russo-américaine Alsu Kurmasheva prolongée au moins jusqu’au 23 octobre

0 Shares
0
0
0
Alsu Kurmasheva,  journaliste russo-américaine qui a été arrêtée pour défaut d’enregistrement en tant qu’agent étranger, s’entretient avec son avocat, Edgar Matevosyan, lors d’une audience visant à examiner sa détention provisoire, au tribunal Sovetski de Kazan, le 20 octobre 2023.

Elle est devenue la deuxième reporter américaine détenue en Russie. Arrêtée cette semaine, la journaliste russo-américaine Alsu Kurmasheva a vu, vendredi 20 octobre, sa détention provisoire prolongée au moins jusqu’au 23 octobre, lors d’une audience au tribunal Sovetski de Kazan, dans la région russe du Tatarstan.

« Par décision de la cour du 20 octobre 2023, le délai de détention d’ A. Kurmasheva est prolongé de soixante-douze heures », a fait savoir le tribunal. La journaliste travaillant pour le média américain Radio Free Europe/Radio Liberty (RFE/RL) a été arrêtée dans la ville russe de Kazan, mercredi. Elle est accusée de ne pas s’être déclarée « en tant qu’agent de l’étranger ».

Mme Kurmasheva était présente à son audience vendredi, dans la cage réservée aux accusés, portant un masque FFP2. Elle y avait été conduite par des agents encagoulés, ont constaté sur place des journalistes de l’Agence France-Presse.

Jusqu’à cinq ans de prison encourus

La Russie est accusée de mener une campagne de répression contre les médias indépendants, les ONG, les journalistes, les avocats et les opposants depuis que le début de son invasion de l’Ukraine, en février 2022.

Si nombre de militants et de reporters russes ont fui le pays, d’autres – célèbres ou anonymes – ont été incarcérés. Plusieurs Américains sont également détenus, dont le journaliste Evan Gershkovich toujours en détention, qui avait été arrêté pour espionnage par les services de sécurité russes (FSB) lors d’un reportage à Iekaterinbourg, le 29 mars.

Les autorités russes démentent exercer toute forme de « persécution » visant les ressortissants des Etats-Unis. « Il y a des ressortissants américains qui violent des lois et contre qui on prend des mesures appropriées », a déclaré vendredi le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, interrogé sur le sujet, ajoutant ne pas suivre le cas de Mme Kurmasheva.

Le tribunal Sovetski de Kazan a, lui, déclaré que la journaliste du média américain était poursuivie pour des manquements à son inscription au registre des « agents de l’étranger », alors qu’elle était engagée dans « la collecte intentionnelle d’informations concernant des activités militaires » pouvant être dommageables pour « la sécurité de la Fédération de Russie ».

Elle risque jusqu’à cinq ans de prison. Ce statut d’« agent de l’étranger », qui rappelle le qualificatif soviétique d’« ennemi du peuple », impose aux personnes ou entités visées des contraintes administratives et un contrôle financier très lourd. Il impose également d’accompagner toute publication, y compris sur les réseaux sociaux, de ce label.

Le Monde Application

La Matinale du Monde

Chaque matin, retrouvez notre sélection de 20 articles à ne pas manquer

Télécharger l’application

Certaines des critiques les plus respectées du président russe, Vladimir Poutine, figurent parmi ces « agents », comme le Prix Nobel de la paix et rédacteur en chef du journal indépendant Novaïa Gazeta, Dmitri Mouratov.

Ses passeports confisqués depuis mai

Mme Kurmasheva, qui réside d’ordinaire à Prague avec son mari et ses enfants, s’était rendue en Russie pour une « urgence familiale » le 20 mai, mais n’avait pas pu repartir car ses passeports américain et russe lui ont été confisqués. Selon le site Internet Tatar Inform, elle a été condamnée à une amende le 11 octobre pour ne pas avoir déclaré sa citoyenneté américaine aux autorités russes. D’après ce média, qui cite des sources policières anonymes, elle a notamment travaillé sur la mobilisation d’enseignants par l’armée russe, pour l’offensive en Ukraine.

Alsu Kurmasheva, qui a rejoint RFE/RL en 1998, travaille pour son service en langues tatare et bachkire, couvrant ces minorités ethniques de Russie peuplant en particulier le Tatarstan et le Bachkortostan, des régions de la Volga et de l’Oural.

Installée à Prague, RFE/RL est financée par le Congrès américain et avait été fondée durant la guerre froide pour contrer la propagande soviétique dans le bloc de l’Est. Le média publie toujours des contenus en une multitude de langues, souvent sensibles dans des pays dirigés par des régimes autoritaires.

« Je suis venue travailler pour [RFE/RL] car ce média compte pour moi, sa mission d’apporter une information objective à mon peuple, le peuple qui parle ma langue, le tatar, en particulier », expliquait en 2014 Mme Kurmasheva.

Ces dernières années, plusieurs citoyens américains arrêtés en Russie ont été libérés après des échanges de prisonniers avec Washington.

Le Monde avec AFP

source

0 Shares
Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

You May Also Like