En Afrique du Sud, le soutien à la Palestine à l’épreuve de l’opération terroriste du Hamas

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Naledi Pandor, cheffe de la diplomatie sud-africaine à Pretoria, le 23 janvier 2023.

C’est le Hamas qui a rendu publique l’information et mis l’Afrique du Sud dans l’embarras. Le chef du bureau politique du mouvement islamiste palestinien, Ismaël Haniyeh, a révélé avoir eu un échange téléphonique avec Naledi Pandor, la cheffe de la diplomatie sud-africaine, mardi 17 octobre. Surpris, le porte-parole de la présidence, Vincent Magwenya, a d’abord jugé cette communication impossible auprès du média News24 qui cherchait à la confirmer. Le Hamas et l’Afrique du Sud n’ont pas de relations, soutenait-il. Le coup de fil a pourtant eu lieu, à l’initiative du mouvement politico-militaire palestinien, comme a fini par le reconnaître le ministère des relations internationales.

L’aveu lui a également permis de démentir tout soutien à l’opération « Déluge d’Al-Aqsa », qui a fait 1 400 morts en Israël, essentiellement civils, contrairement à ce qu’affirme le Hamas dans son communiqué authentifié par News24. Ces informations « sont fausses et visent à porter atteinte au ministère et au gouvernement sud-africain », a-t-il réagi.

Trop tard pour le South African Jewish Board of Deputy (SAJBD), qui rassemble la majeure partie des organisations juives du pays, et considère que le mal est fait. La ministre, qui « entraîne notre pays dans des eaux très dangereuses », a choisi son camp en s’entretenant avec « une organisation djihadiste islamiste », dénonce-t-il.

« Elle a fait son travail »

« Naledi Pandor n’a rien fait de mal ! Elle fait son travail », a défendu Fikile Mbalula, le secrétaire général du Congrès national africain (ANC), le parti au pouvoir. La conversation avec le chef politique du Hamas a, selon le ministère des affaires étrangères, porté exclusivement sur l’acheminement de l’aide humanitaire à Gaza et aux territoires palestiniens. « Si on veut envoyer des choses à Gaza, à qui allons-nous parler ? On doit parler au Hamas ! Et pourtant elle se fait insulter de gauche à droite », estime Fikile Mbalula.

La présidence et l’ANC ont tout de même pris leurs distances avec le Hamas. « Soutenir le combat des Palestiniens contre l’occupation n’équivaut pas à soutenir le Hamas », a écrit sur X (ex-Twitter) le porte-parole de la présidence. « Nous ne sommes pas du côté des actes de terreur et des assassinats d’innocents. Nos alliés sont l’OLP [Organisation de libération de la Palestine] et les Palestiniens », a clarifié M. Mbalula pour l’ANC.

Ces précisions contrastent avec le contenu des précédents communiqués. Aux premiers jours du conflit, ni l’ANC ni le ministère des relations internationales ni la présidence ne mentionnaient la responsabilité du Hamas dans le déclenchement de la guerre. Tous résumaient la crise à une escalade du conflit Israélo-palestinien provoquée par « l’oppression continue du peuple palestinien » et la « brutalité du régime d’apartheid colonisateur d’Israël ». Au même moment, le parti d’opposition de l’Alliance démocratique appelait le gouvernement à « condamner sans détour cette attaque unilatérale » du Hamas sur le territoire israélien.

Dans la presse, le SAJBD a fait part de son accablement. Dans une pleine page dans le Sunday Times, le 15 octobre, il a interpellé le président Cyril Ramaphosa et dénoncé « l’hypocrisie et le deux-poids, deux-mesures » du gouvernement, le silence de la présidence, ainsi que « l’hostilité » de l’ANC. Le tout relevant selon lui d’une « complicité » avec une action terroriste.

Le président s’est exprimé de vive voix le jour où cette tribune était mise en page. Un keffieh tombant sur les épaules de son costume, Cyril Ramaphosa a rejoint les cadres de l’ANC qui appelaient à libération de la Palestine, tout en exprimant ses condoléances envers les victimes israéliennes et palestiniennes. Mais, là encore, il s’est gardé de mentionner le Hamas.

« Avoir des principes est utile »

« Lorsque d’horribles atrocités sont commises contre des civils, elles doivent être condamnées sans équivoque », rappelle un diplomate étranger, qui garde à l’esprit les atermoiements de l’Afrique du Sud au moment de qualifier le conflit en Ukraine « d’invasion russe » ou de « guerre » pour ne pas froisser Moscou, son allié. Ces tâtonnements sont propres à « un nouveau paysage géopolitique [qui] est en train d’émerger », observe avec indulgence la même source, qui rappelle cependant que, dans ce contexte, « avoir des principes est utile ».

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Cette conversation téléphonique avec le Hamas « crée des difficultés pour l’Afrique du Sud dans ses relations avec les Etats-Unis et d’autres pays européens […] à un moment où ces relations ont déjà connu des difficultés cette année », analyse Elizabeth Sidiropoulos, directrice du South African Institute of International Affairs (SAIIA). Alors que les accusations de livraisons d’armes sud-africaines à la Russie formulées par les Etats-Unis ont fragilisé les liens diplomatiques entre Washington et Pretoria, nul doute que cette communication avec un groupe considéré comme terroriste par les Américains risque d’aggraver la fracture.

Comme un semblant de début de réajustement, Pretoria a consenti à dénoncer les crimes du Hamas mais pour mieux accuser Israël de « génocide » et de « crime de guerre ». « Tout comme l’attaque du Hamas contre des civils en Israël était odieuse, il n’y a pas de mots pour exprimer pleinement la condamnation (…) du bombardement israélien de l’hôpital baptiste arabe Al-Ahli », indique un communiqué de sa diplomatie le 18 octobre. La responsabilité israélienne dans ce drame est depuis contestée – le président américain l’a fermement démentie –, mais les pertes civiles provoquées à Gaza par sa riposte offrent l’occasion à l’Afrique du Sud de se dédouaner des accusations de partialité et d’appeler la communauté internationale « à mettre fin à son indifférence ».

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