Aux Etats-Unis, les déchirements du Parti républicain provoquent la paralysie historique du Congrès

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Le président par intérim de la Chambre des représentants, Patrick McHenry (Caroline du Nord, à gauche), et le candidat au poste de speaker, Jim Jordan (Ohio), avant la tenue du vote à la Chambre des représentants, à Washington, le 18 octobre 2023.

Pas de speaker depuis plus de deux semaines. Pas de cohésion dans les rangs, mais du ressentiment partout. Pas d’issue en vue, ni de figure providentielle. Même aux normes du Parti républicain – celles d’une longue dérive étalée sur des années – la crise politique qui secoue la Chambre des représentants dépasse l’entendement. Mercredi 18 octobre, pour la seconde fois en vingt-quatre heures, Jim Jordan (Ohio) a échoué à se faire désigner président par les élus de son propre groupe. Il a même perdu du terrain par rapport à sa tentative initiale.

Soutenu par Donald Trump, le candidat extrémiste n’a obtenu que 199 voix, contre 212 pour Hakeem Jeffries, le chef de file des démocrates. Un nouveau vote devrait se tenir jeudi. Il a donc manqué 22 voix à Jim Jordan dans les rangs républicains pour parvenir à succéder à Kevin McCarthy, le speaker démis de ses fonctions le 3 octobre en raison d’une motion de censure déposée par Matt Gaetz (Floride). Ce coup parlementaire interne au Grand Old Party a plongé la Chambre dans une crise inédite, à un moment pourtant crucial. La menace d’un shutdown (fermeture des activités gouvernementales non essentielles, faute de financements) se rapproche, à la mi-novembre. Deux alliés des Etats-Unis, l’Ukraine et Israël, sont dans l’attente de l’adoption au Congrès d’un nouveau paquet d’aide militaire massif à leur profit. Mais sans speaker, tout est bloqué.

Pour l’heure, les conciliabules et les accusations mutuelles se poursuivent entre républicains. L’une des portes de sortie envisagées serait provisoire. Elle consisterait à voter pour accorder des pouvoirs entiers au président par intérim, Patrick McHenry (Caroline du Nord), qui effectue son dixième mandat et connaît parfaitement l’institution. Une telle démarche, sans précédent, permettrait au speaker d’exercer pleinement son autorité sur l’ordre du jour et la tenue des séances. Mais les partisans de Jim Jordan savent que la promotion de cet élu classique risquerait de compromettre définitivement leur campagne de conquête.

Un « homme honorable »

Leur résultat est déjà stupéfiant. Deux cents élus républicains, dès le premier tour, ont voté en faveur de Jim Jordan, qui était encore une figure extrémiste et marginale il y a quelques années. Peu importent leurs raisons : par conviction, par calculs, par intérêts après des promesses arrachées pour leur district ou simplement par lassitude devant le psychodrame qui accable le parti. Moins de trois ans après l’assaut donné contre le Capitole par les partisans de Donald Trump, un représentant de ce mouvement insurrectionniste, un allié de l’ancien président, se trouvait ainsi en position de prétendre au marteau du speaker. Cela dit tout du marasme du Parti républicain, de la centralité du trumpisme, de la poussée d’un courant illibéral, prêt à tordre les institutions pour les soumettre à sa volonté.

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