La mort de Dariush Mehrjui, cinéaste iranien et conteur contestataire

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Dariush Mehrjui, sur le plateau de tournage du « Poirier », à Téhéran (Iran), en 1997.

Le double assassinat du cinéaste iranien Dariush Mehrjui, 83 ans, et de son épouse, Vahideh Mohammadifar, 54 ans, a provoqué une profonde émotion en Iran. Samedi 14 octobre, le réalisateur de La Vache (1969), film de la Nouvelle Vague iranienne, qui fut interdit dans son pays pendant trois ans, et la scénariste et costumière ont été retrouvés poignardés à leur domicile, à Karadj, près de Téhéran. L’enquête est en cours. Peu après la découverte des corps, l’hypothèse d’un cambriolage qui aurait mal tourné a été avancée, mais nombre d’observateurs n’excluent pas un meurtre politique et pointent du doigt la responsabilité du régime.

Réalisateur, scénariste et producteur, Dariush Mehrjui est né le 8 décembre 1939, à Téhéran. Il s’est formé aux Etats-Unis, obtenant un diplôme de philosophie, en 1964, à l’université de Californie à Los Angeles (UCLA), en pleine contre-culture, croisant sur le campus Jean-Luc Godard, Ingmar Bergman, Michelangelo Antonioni… Il rêvait déjà de cinéma et commença à tourner à son retour en Iran.

Son deuxième film, La Vache, d’inspiration néoréaliste, avec son grain noir et blanc et ses visions hallucinées d’un paysan sombrant dans la psychose après avoir perdu son animal, reste son chef-d’œuvre absolu. Le film est considéré par beaucoup comme l’équivalent du Voleur de bicyclette (1948), de Vittorio De Sica, ou des Quatre Cents Coups (1959), de François Truffaut – une copie clandestine de La Vache fut envoyée à la Mostra de Venise, en 1971.

Lire notre archive (2003) : Article réservé à nos abonnés Dariush Mehrjui, Californien de Téhéran

Dariush Mehrjui a réalisé une vingtaine de films, du cinéma d’auteur aux comédies populaires, comme Les Locataires (1986), qui connut un grand succès. Il a également signé une trilogie sur des femmes, Sara (1993), Pari (1995) et Leila (1996), avec les actrices Niki Karimi et Leila Hatami. Il avait à cœur de montrer son pays tel qu’il est, de nommer les problèmes, ce qui lui valut d’être censuré à différentes époques.

Outre La Vache, Le Cycle (1974), qui dénonçait le scandale des dons de sang prélevés sur des populations pauvres ou marginalisées contre de l’argent, a été bloqué plusieurs années. De même furent censurés L’Ecole où nous allions (1980), Baanoo (1991) ou encore Santouri (2007), consacré à un musicien – avec Golshifteh Farahani, laquelle a aussi joué dans Le Poirier (1998). Dariush Mehrjui a souffert de la censure sous le régime du Shah (jusqu’en 1979), mais aussi sous la République islamique d’Iran, en place depuis 1979.

Lire aussi l’entretien : Article réservé à nos abonnés Golshifteh Farahani : « En Iran, j’ai détesté être une femme »

Au regard de son rejet – ou de son acceptation – par le politique, La Vache est une œuvre assez emblématique, explique l’historienne du cinéma Agnès Devictor, autrice de Politique du cinéma iranien (CNRS, 2004). « L’image d’une campagne traditionnelle qui était montrée dans le film allait à l’encontre du message de modernité que véhiculait le pouvoir. La Vache est resté interdit trois ans, avant d’être autorisé à sortir, assorti d’un carton d’avertissement, qui ne trompa personne, où il était écrit : “Ce film raconte une histoire qui se passe bien avant la révolution blanche [agraire] lancée [en 1961] par le shah d’Iran.” »

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