En Cisjordanie, entre rancœur et peur, le soutien au Hamas

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Le ton est calme mais les propos virulents. « Ce qui se passe à Gaza est un génocide. Il n’y a pas d’autre mot. Et on ne peut rien faire. Que le Hamas frappe Israël ? C’est très bien. On a le droit de se défendre. On attaque les Palestiniens partout et tout le temps, à Gaza, à Jénine, à Naplouse… L’Ukraine s’est défendue. L’Afghanistan aussi. Pourquoi pas la Palestine ? L’opération du Hamas [le 7 octobre] a été un grand moment. Pour la première fois, la résistance a réussi à briser le siège. Ça fait soixante-quinze ans qu’on souffre. Maintenant, c’est au tour des Israéliens », dit Shatha Abou Srour. La jeune femme au teint pâle, presque autant que son voile blanc, qui porte une veste en jean et des chaussures de sport, est venue avec deux amis à Ramallah pour manifester contre l’offensive israélienne sur Gaza, dimanche 15 octobre.

Manifestation de Palestiniens en soutien aux Gazaouis et au Hamas, à Ramallah (Cisjordanie), le 15 octobre 2023.

Tous les trois infirmiers, ils ne manifestent aucune compassion pour les civils israéliens tués par le Hamas le 7 octobre dans les localités israéliennes proches de la bande de Gaza, et dont on découvre chaque jour de nouvelles victimes, 1 400 à ce jour.

Autour d’eux, une centaine de personnes défilent sous la pluie en acclamant Mohammed Deif, commandant des Brigades Ezzedine Al-Qassam, la branche armée du Hamas. Les manifestants étaient plus nombreux, vendredi, jour de prière, mais l’Autorité palestinienne s’efforce de limiter les rassemblements en soutien au Hamas à travers toute la Cisjordanie.

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Shatha vient d’un camp de réfugiés de Bethléem. Sa grand-mère est originaire de Beit Nattif, un village palestinien à proximité d’Hébron, vidé puis complètement détruit en 1948 par les forces israéliennes en représailles au massacre d’un convoi venu ravitailler une colonie juive. L’aïeule, 80 ans aujourd’hui, a fui à 5 ans. Sa petite-fille représente la troisième génération d’un conflit qui n’en finit pas, où deux ennemis vivent côte à côte, chacun nourrissant sa haine pour l’autre. Shatha s’informe sur Telegram, parce qu’elle juge les autres sources biaisées. Comme beaucoup, elle doute du massacre des Israéliens. Ne voit que celui des Palestiniens de Gaza.

« Tout le monde portait du vert, en hommage au Hamas »

De Jénine à Ramallah en passant par Naplouse, les Palestiniens rencontrés applaudissent l’attaque du 7 octobre. « Le lendemain, tout le monde portait du vert, en hommage au Hamas. En tant que Palestinien et libéral, j’ai un problème avec le Hamas, mais ce ne sont pas mes ennemis. Quand Israël nous bombarde, personne ne bouge, mais quand la Palestine s’attaque à des Israéliens, Blinken [le secrétaire d’Etat américain] débarque », s’indigne Mustafa Sheta, directeur du théâtre de la liberté, institution du camp de réfugiés de Jénine.

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