Guerre Israël-Hamas : la bataille diplomatique entre les Etats-Unis et les pays arabes

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Le secrétaire d’Etat américain, Antony Blinken (à gauche), lors d’une rencontre avec le président égyptien, Abdel Fattah Al-Sissi (à droite), au palais Al-Ittihadiya, au Caire, le 15 octobre 2023.

Désinvestis du Moyen-Orient depuis des années, les Etats-Unis y ont-ils encore perdu en influence et en crédibilité, en l’espace de quelques jours déterminants ? A la suite du massacre commis par le Hamas en Israël, l’administration Biden s’est engagée sans nuance, et de plein cœur, aux côtés de l’Etat hébreu, lui laissant toute latitude pour sa riposte militaire. Ce n’est qu’une semaine après le début des hostilités que la diplomatie américaine a commencé à prendre en compte le sort des civils de Gaza, terrifiés par les bombardements israéliens, qui ont fait plus de 2 750 morts en neuf jours.

Mais sans résultats concrets pour l’instant. En dépit des tractations ardues qui se sont déroulées tout le week-end dans les capitales arabes visitées par le secrétaire d’Etat américain, Antony Blinken, le terminal de Rafah, seule porte de sortie de Gaza, était toujours fermé, lundi 16 octobre en milieu de matinée. Le gouvernement égyptien, qui contrôle ce point de passage, conditionne son ouverture – qui permettrait l’évacuation de 500 binationaux pris au piège de la nasse gazaouie, dont des Palestino-Américains – à l’entrée dans le territoire palestinien de convois d’aide humanitaire. Ce donnant-donnant suppose que les bombardements israéliens cessent au moins le temps de l’entrée des camions. Un engagement que M. Blinken n’a visiblement pas pu obtenir de son allié israélien, en dépit de l’insistance de l’Egypte, de la Jordanie et des monarchies du Golfe.

M. Blinken avait entamé sa tournée à Amman, vendredi, avec une proposition à sens unique : l’évacuation de deux millions de Gazaouis vers le Sinaï pour permettre à Israël de mener son offensive terrestre contre le Hamas en limitant les victimes civiles. Déjà, 600 000 habitants ont fui vers le sud de l’enclave, suivant la consigne israélienne. Cette proposition, qui a ravivé le spectre d’une nouvelle Nakba (« catastrophe » en arabe), l’exil forcé de 700 000 Palestiniens lors de la proclamation de l’Etat d’Israël en 1948, était inacceptable pour l’Egypte.

« Les pays arabes ont trop bien vu ce que signifie “accueil temporaire” : en Syrie, au Liban, en Jordanie, les réfugiés palestiniens sont toujours là », explique l’ancien député égyptien Mohamed Anouar Al-Sadate. Les Etats-Unis auraient tenté de convaincre Le Caire avec la promesse d’une aide financière ou d’un allègement de sa dette, alors que le pays s’enfonce dans une grave crise économique. Le président Abdel Fattah Al-Sissi a tranché, agitant le risque d’une déstabilisation du Sinaï, un foyer djihadiste : la « sécurité nationale de l’Egypte » est une ligne rouge.

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