« Nul ne se fait d’illusion : il y a peu de chances de voir les Etats-Unis se rapprocher de la Chine »

0 Shares
0
0
0

Moins de trois semaines après le secrétaire d’Etat, Antony Blinken, c’était au tour de la secrétaire au Trésor, Janet Yellen, de se rendre à Pékin. Arrivée jeudi 6 juillet dans l’après-midi, elle en est repartie dimanche après environ une dizaine d’heures d’entretiens avec ses interlocuteurs chinois : le premier ministre, Li Qiang, le vice-premier ministre chargé des finances, He Lifeng, le ministre des finances, Liu Kun, et le tout nouveau chef de la Banque populaire de Chine, Pan Gongsheng. Signe de l’importance qu’avait ce voyage pour les Américains : le New York Times n’a pas hésité à lui consacrer un live dimanche, sur son site Internet. Très prochainement, John Kerry, le « M. Climat » de Joe Biden, devrait également se rendre en Chine.

La principale bonne nouvelle de la visite de Mme Yellen… est qu’elle a eu lieu. Huit mois après la rencontre entre Joe Biden et Xi Jinping, à Bali en novembre 2022, les deux pays se reparlent enfin. L’affaire du ballon espion chinois, qui, selon le Pentagone, n’a finalement rien espionné en survolant les Etats-Unis au début de l’année, semble s’estomper. L’« opération de charme » de la secrétaire au Trésor américaine semble avoir fonctionné. Aucun incident n’a été à déplorer durant ces quatre jours. Les Chinois se sont même extasiés de sa dextérité à manier les baguettes.

Mme Yellen avait un atout. Dans l’administration américaine, le poste de secrétaire au Trésor, qui a besoin de la Chine pour boucler ses fins de mois, est le « good guy » de l’équipe, alors que son collègue chargé du commerce, qui constate le déficit abyssal des Etats-Unis face à Pékin, est le « bad guy ». « Notre principal souci, ce sont les barrières douanières mises en place par l’administration Trump, et qui restent en place, ainsi que les 1 300 entreprises chinoises qui figurent sur l’Entity List [elle répertorie les entreprises dont les activités sont interdites ou limitées par Washington] », explique Wu Xinbo, professeur de relations internationales à l’université Fudan, à Shanghaï. Des contentieux qui ne sont pas du ressort de Janet Yellen. Samedi, l’agence de presse Chine nouvelle a d’ailleurs qualifié la visite de « constructive », mais a jugé qu’« abuser de la sécurité nationale n’est pas propice aux échanges économiques et commerciaux normaux ».

En panne sur les questions militaires

La secrétaire au Trésor américaine a tenu à faire la différence entre le découplage des économies (decoupling) et la réduction des risques (derisking) : « Il y a une importante distinction entre, d’un côté, le découplage et, de l’autre, la diversification des chaînes d’approvisionnement cruciales. Nous prenons des actions au nom de la sécurité nationale [qui sont] ciblées. » Mais Pékin juge les deux termes synonymes. Ces propos ont d’autant moins de chances de convaincre les Chinois que les Etats-Unis ne se contentent pas de limiter leur exposition à la Chine, mais bloquent les exportations des technologies les plus sensibles.

Il vous reste 29.19% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

source

0 Shares
Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

You May Also Like