A Angoulême, un arrêté polémique pour chasser les marginaux et les SDF du centre-ville

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A Angoulême (Charente), il est désormais interdit d’être « assis », « allongé » ou « debout » sur la voie publique si l’on « entrave manifestement la circulation des personnes ». C’est la mesure prise le 11 juillet par arrêté municipal.

Xavier Bonnefont, maire divers droite, a justifié cette décision par « la présence habituelle dans certaines rues (…) de groupes d’individus, immobiles ou peu mobiles, (…) qui présentent un comportement perturbateur ». Sont implicitement visés les marginaux et les sans-domicile-fixe (SDF) qui ont tendance à flâner dans le centre-ville, notamment sur la place du Champ-de-Mars.

Dans son arrêté, M. Bonnefont rapporte de « nombreuses plaintes de riverains et de commerçants (…) concernant les nuisances provoquées par ces groupes d’individus (bruits, tapages injurieux, souillures, rixes, etc.) » qui, « par leur répétition, troublent significativement la tranquillité publique ». « Il revient au maire d’assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité » dans la ville, affirme encore l’élu divers droite.

La mesure s’applique pour une durée d’un an, tous les jours de 10 heures à 2 heures d’avril à octobre et de 10 heures à 21 heures de novembre à mars, précise l’arrêté. Les contrevenants s’exposent à une amende de 35 euros et de 150 euros en cas de récidive.

Dans Libération, Jean-Philippe Pousset, adjoint à la sécurité, met en cause « un agglomérat de dealers, de marginaux et de gens du voyage » et assure qu’ils seraient deux cents à stationner dans le centre d’Angoulême. Ce qui entraîne des « bagarres » et du « harcèlement de rue », note M. Pousset. Si les regroupements d’hommes souvent alcoolisés dans le centre-ville « sont un problème récurrent et bien réel », le chiffre avancé par l’adjoint est « largement surestimé selon différentes sources interrogées sur place », souligne le quotidien.

Interrogé sur RMC le 18 juillet pour savoir comment les policiers pourraient identifier une personne statique « gênante » d’une autre, M. Pousset a répondu : « Si [un individu] n’est pas alcoolisé, s’il n’en est pas à sa quatrième ou sa septième bière, titubant, s’il n’urine pas sur la voie publique, s’il n’est pas avec trois chiens non muselés, s’il n’importune pas les jeunes femmes, ça ne pose aucune difficulté. »

Des grillages autour des bancs en 2014

L’arrêté a fait bondir plusieurs élus de gauche. Sur Twitter, René Pilato, député La France insoumise de Charente, a dénoncé un « arrêt inutile [qui] ajoute de l’arbitraire » et demandé au maire « de faire machine arrière pour l’image de notre ville ». L’objectif de la municipalité est clair : « Cacher la misère en la poussant en périphérie », a-t-il également dit à Libération.

« Cet arrêté est un coup de com sur le dos des plus précaires, s’est insurgé auprès de Mediapart Raphaël Manzanas, élu d’opposition à la mairie d’Angoulême. Les délits [cités] sont déjà visés par la loi : s’enivrer ou dealer sur la voie publique est déjà passible d’une amende. » Et de railler : « Et puis bon courage pour récupérer des amendes auprès de ces populations précaires ! »

Interrogés par La Charente libre, des sans-abri ayant l’habitude de mendier dans le centre-ville angoumoisin partagent leur incompréhension et leur colère. L’un est révolté que « la mairie veuille nous dégager, alors qu’on ne fait rien de mal ». « On se sent discriminés », déclare-t-il. « On ne peut pas rester au 115 [centre d’hébergement d’urgence] la journée. Où est-ce que je peux aller ? », demande un autre SDF.

La Ligue des droits de l’homme (LDH) a annoncé le 18 juillet à Libération avoir déposé un recours en annulation, assorti d’un référé-suspension contre cet arrêté, que l’association juge « disproportionné » et contraire aux libertés fondamentales. Le tribunal administratif de Poitiers décidera le 1er août de la validité du texte ou de son retrait.

Ce n’est pas la première fois que M. Bonnefont tente de dissuader les sans-abri de flâner dans le centre d’Angoulême. En 2014, l’édile avait fait installer des grillages autour des bancs de la place du Champ-de-Mars. Ces grilles avaient été retirées après que deux adolescents s’y étaient introduits avec des pancartes sur lesquelles on pouvait lire « zoo moderne » et « scandale ». En 2020, le maire avait pris un arrêté antiregroupement, finalement annulé par la préfecture. Mediapart rappelle en outre qu’un arrêté similaire à celui du 11 juillet, pris par la municipalité de Saint-Etienne (Loire) en 2015, avait été validé par le tribunal administratif de Lyon (Rhône) puis cassé par le Conseil d’Etat en 2021.

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En 2017, la Fondation Abbé Pierre avait lancé un site collaboratif – qui n’est plus en ligne – qui avait permis de répertorier plus de 300 équipements anti-SDF installés aux abords d’immeubles, de commerces et d’infrastructures publiques, pour empêcher les sans-abri de s’y installer. En 2019, la Fondation avait ironiquement récompensé les mairies ayant mis en place les « meilleurs » dispositifs anti-SDF.

Le Monde


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