Pourquoi l’Américaine Fiona Scott Morton renonce à rejoindre la Commission européenne

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Mercredi 19 juillet au matin, Margrethe Vestager a annoncé « avec regret » que Fiona Scott Morton renonçait à occuper le poste d’économiste en chef à la direction générale (DG) de la concurrence. Sur Twitter, la vice-présidente de la Commission a publié la lettre de l’enseignante à Yale, spécialiste des questions d’organisation industrielle. Celle-ci y évoque la « controverse politique » qui a accompagné sa nomination le 11 juillet et pointe « le soutien total de l’Union européenne » (UE) qui lui aurait manqué pour mener à bien sa mission au sein du bras antitrust de l’exécutif communautaire, chargé d’enquêter sur les comportements anticoncurrentiels des entreprises, d’autoriser les fusions et acquisitions, mais aussi de valider les aides d’Etat des différents gouvernements.

Alors que les fonctionnaires européens doivent être ressortissants d’un Etat membre de l’UE, Fiona Scott Morton a bénéficié d’une dérogation rarissime, jusque-là jamais utilisée pour un poste de ce niveau. Si ses compétences ne sont pas en cause – plusieurs économistes de renom, dont le Prix Nobel Jean Tirole, ont d’ailleurs vanté ses mérites ces derniers jours –, le fait qu’elle soit américaine pose question. D’autant plus que l’UE vient de se doter d’une nouvelle régulation numérique qui concerne au premier chef les Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft). La nomination de Fiona Scott Morton a également suscité de nombreuses critiques liées aux conflits d’intérêts qu’elle faisait surgir, alors qu’elle a été consultante pour des entreprises comme Microsoft, Apple, Amazon ou Pfizer.

La journée de mardi a sans conteste été décisive dans cette affaire. Plusieurs commissaires européens, dont le Français Thierry Breton, l’Italien Paolo Gentiloni, l’Espagnol Josep Borrell, le Luxembourgeois Nicolas Schmit ou la Portugaise Elisa Ferreira, ont en effet écrit à Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission, pour lui demander de réexaminer sa décision. « Trois ou quatre autres ont préféré ne pas signer, mais ils avaient l’intention d’évoquer le sujet mercredi » lors de la dernière réunion des commissaires prévue avant les vacances d’été, explique un diplomate européen. Dont, notamment, le Belge Didier Reynders et l’Autrichien Johannes Hahn.

Réaction française

Emmanuel Macron, qui était à Bruxelles mardi, à l’occasion d’un conseil Union européenne-Amérique latine, en a profité pour convaincre certains de ses homologues qu’il fallait agir. Le président, qui s’est dit « dubitatif » sur la nomination de Fiona Scott Morton, a manifestement été entendu, sans quoi les commissaires contestataires n’auraient jamais pris l’initiative de prendre la plume pour dire leurs réticences à Ursula von der Leyen.

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