Au Kenya, le gouvernement ferraille pour lever de nouvelles taxes

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Des pneus incendiés par des manifestants dans le bidonville de Kibera (Kenya), lors d’une manifestation contre les hausses d’impôt du gouvernement, à Nairobi, le 19 juillet 2023.

Mercredi 19 juillet, les rassemblements de l’opposition au Kenya, pourtant plus calmes que les semaines précédentes, ont fait au moins deux morts, et entraîné plus de 300 arrestations. Début juillet, les manifestations avaient débouché sur d’importantes violences, notamment policières, causant la mort d’au moins vingt personnes.

Deux nouvelles journées de mobilisation, jeudi et vendredi, sont encore prévues à l’appel de Raila Odinga, candidat malheureux à l’élection présidentielle d’août 2022, contre la vie chère et les nouvelles taxes instaurées par la loi de finances 2023-2024. Le vétéran kényan n’est pas le seul à critiquer ce texte, attaqué en justice puis suspendu le 30 juin, dans l’attente d’une décision sur le fond, par la Haute Cour du Kenya, laquelle a jugé certaines mesures « illégales ».

Ledit texte introduit plusieurs nouveaux impôts : prélèvement de 3 % sur les salaires pour financer un fonds des logements abordables ; doublement de la TVA sur les carburants (à 16 %) ; passage à 35 % (contre 30 % auparavant) de l’impôt sur le revenu au-delà de 3 600 dollars (3 200 euros) et même instauration d’une taxe de 15 % sur les revenus des influenceurs. Curieusement, la loi supprime, en revanche, les taxes sur les hélicoptères, moyen de transport favori des politiciens kényans.

Depuis son élection, il y a presque un an, le président William Ruto affiche sa volonté d’augmenter sensiblement la collecte de l’impôt. En effet, le nombre de contributeurs reste très limité et le taux de collecte rapporté au produit intérieur brut (PIB) était de 13 % en 2021, selon la Banque mondiale. Le chef de l’Etat promet également de réduire le poids de la dette (62 % du PIB en 2022), qui a fortement crû sous son prédécesseur – dont il fut le numéro deux pendant dix ans –, afin de financer notamment les infrastructures.

Cet empressement, dans un pays en développement confronté à de multiples urgences comme la santé ou l’emploi de sa population jeune, mais aussi à une sécheresse record depuis 2022, s’explique par les inquiétudes qui pèsent sur un potentiel défaut sur la dette. Locomotive économique de l’Afrique de l’Est, notamment dotée d’un assez solide secteur bancaire, le Kenya inquiète les marchés.

Déblocage d’une nouvelle ligne de prêt

Le shilling continue de s’affaiblir (à environ 141 pour un dollar, contre 106 mi-2021). Dans les banques locales, le taux de défaut des prêts augmente. Quant à l’Etat, il a plusieurs fois payé ses fonctionnaires en retard ces derniers mois. « C’est déjà un défaut, un défaut national. Vous faites défaut à des gens du service public qui, eux, ne peuvent pas se retourner vers des donateurs externes », s’agace Michael Chege, un expert de l’économie et de la politique internationale du Kenya.

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