Partisans du « time out » ou parentalité positive : pourquoi cette bataille déchaîne les passions ?

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Une jeune femme aux yeux écarquillés, avec un sourire glaçant, apparaît par la magie des algorithmes, un soir, sur l’écran du smartphone. D’une voix mielleuse, elle prodigue des conseils sous le hashtag #éducationpositive : « L’hiver venu, la tentation est grande de parler du Père Noël. Souviens-toi que forcer ton enfant à adopter un comportement dans le but unique d’avoir des cadeaux, c’est ce que l’on appelle du chantage. Tu n’as pas envie de faire du chantage à ton enfant. Ce n’est pas bon pour votre relation. D’ailleurs, le Père Noël est un mensonge ! Et tu n’as pas envie de mentir à ton enfant. »

Sous la vidéo Instagram, publiée le 1er mars, figurent 1 300 commentaires d’internautes qui s’écharpent dans tous les sens : « On dirait le leader d’une secte ! » ; ou encore : « Franchement j’en ai marre de voir tous les efforts qu’il faudrait faire pour que l’enfant soit parfait et n’ait aucun trauma. » En réalité, Maman Nad, la coach flippante, est une comédienne, Nadia Richard, qui croque les obsessions des parents dans des « stories » humoristiques sur Instagram. Sa vidéo a été mise en ligne en plein ouragan médiatique autour de ce que l’on appelle le « time out », autrement dit la mise à l’écart de l’enfant en guise de punition.

Tout a commencé, en février, par l’entretien publié sur Lemonde.fr de la psychologue Caroline Goldman, partisane de cette méthode éducative et autrice du livre File dans ta chambre (Intereditions, 2020) : 2,3 millions de visites sur notre site, soit de loin l’article le plus lu de 2023 jusqu’à présent.

Il faut dire que la psychologue bouscule sans ménagement la parentalité positive, omniprésente en France depuis une quinzaine d’années. Egalement appelé éducation positive, ce courant puise son inspiration dans divers travaux de psychologues et pédiatres, souvent américains. Il s’agit d’un concept aux contours flous, défini par le Conseil de l’Europe, en 2006, comme un « comportement parental fondé sur l’intérêt supérieur de l’enfant, qui vise à l’élever et à le responsabiliser, qui est non violent ». Et, en moins de deux décennies, l’éducation positive a tapissé l’univers des parents de conseils en tout genre.

Faites-vous confiance, mais…

Les mots de Caroline Goldman ont suscité des réactions indignées sur le « dressage » des enfants et les violences éducatives ordinaires. Ont suivi, dans la même veine et toujours dans Le Monde, l’interview de la pédiatre Catherine Gueguen et un portrait de la psychothérapeute Isabelle Filliozat, les deux voix dominantes de la parentalité positive en France, le tout parachevé par une batterie de « tribunes et contre-tribunes », comme l’a commenté un humoriste de France Inter… Dans les bistrots, les cours d’école, sur WhatsApp, les parents comptent leurs rangs, s’invectivent, se traitent de tortionnaire ou d’illuminé.

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