
Les législateurs israéliens ont approuvé une partie essentielle de la réforme du premier ministre Benjamin Netanyahou, visant à remodeler le système judiciaire du pays. La mesure limite la possibilité pour la Cour suprême d’invalider une décision du gouvernement.
Elle a été approuvée par les 64 élus de la coalition du premier ministre. Le vote est intervenu après une session houleuse au cours de laquelle les opposants à la réforme ont dénoncé la « honte », avant de sortir en trombe de la Knesset. Ils avaient boycotté le vote. Benjamin Netanyahou, âgé de 73 ans, a, lui, participé au vote après être sorti de l’hôpital où il avait été admis pour la pose d’un stimulateur cardiaque.
Les législateurs ont approuvé cette mesure qui empêche la Cour suprême d’annuler les décisions du gouvernement au motif qu’elles sont « déraisonnables ». Les partisans disent que la norme actuelle de « raisonnabilité » donne aux juges non élus des pouvoirs excessifs sur la prise de décision par les élus. L’opposition affirme au contraire, que cette mesure supprime un élément clé des pouvoirs de surveillance du tribunal et ouvre la voie à la corruption et aux nominations abusives.
Cette décision reflète en tout cas la détermination de Benjamin Netanyahou et de ses alliés d’extrême droite à faire avancer le plan, malgré des manifestations massives qui durent depuis des mois et l’opposition de chefs d’entreprise, de réservistes militaires et de responsables juridiques.
Vote « regrettable » pour Washington
Lors d’une allocution télévisée, lundi, M. Nétanyahou a qualifié le vote « d’étape démocratique nécessaire ». « Cette étape vise à rétablir un équilibre entre les pouvoirs (…), nous avons fait voter [cette mesure] afin que le gouvernement élu puisse mener une politique conforme à la décision de la majorité des citoyens », a affirmé le premier ministre.

Des manifestants s’étaient enchaînés devant le Parlement israélien pour protester contre le vote alors que le président, Isaac Herzog, tentait d’obtenir un compromis de dernière minute sur le texte. La police a fait usage d’un canon à eau pour les disperser.
La Maison Blanche a qualifié de « regrettable » le vote « avec une majorité aussi faible » pour ce projet, que critique ouvertement le président américain, Joe Biden, depuis plusieurs mois. Dans un communiqué, sa porte-parole, Karine Jean-Pierre, a appelé à « bâtir un consensus plus large » sur ce sujet.
Les Etats-Unis, le principal allié d’Israël, « continuent de soutenir les efforts du président [Isaac Herzog] et d’autres dirigeants israéliens » visant à trouver un terrain d’entente, poursuit le communiqué, sans mentionner le premier ministre, Benyamin Nétanyahou. M. Biden a accueilli le président Herzog à la Maison Blanche la semaine dernière.
« Il n’y a pas de raison de craindre cet amendement »
M. Netanyahou avait dit dimanche poursuivre les « efforts pour achever la réforme (…) et les efforts pour le faire en accord [avec l’opposition] ». A l’origine du projet, le ministre de la justice, Yariv Levin, a déclaré que le gouvernement avait choisi une approche « prudente ».
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« Nous n’annulons pas la clause de “caractère raisonnable”, mais nous réduisons son usage, afin que les opinions personnelles d’un juge ne s’expriment pas aux dépens de la volonté du peuple », a-t-il déclaré aux députés. « Il n’y a pas de raison de craindre cet amendement », a-t-il ajouté. Les détracteurs du premier ministre, en procès pour corruption, l’accusent de vouloir utiliser cette réforme pour atténuer un éventuel jugement à son encontre.
D’autres dispositions provoquent aussi le mécontentement, comme celle modifiant le processus de nomination des juges, déjà adoptée par les députés en première lecture.