En Israël, des divisions irréparables après la bataille de la Cour suprême

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Le premier ministre, Benyamin Nétanyahou, à la Knesset, le Parlement israélien, à Jérusalem, le 24 juillet 2023.

Israël, l’Etat qui se voulait à la fois juif et démocratique, se déchire. Ces deux composantes, explicites dès la déclaration d’indépendance de 1948, entrent en collision frontale après le vote au Parlement, lundi 24 juillet, du premier pan de la réforme de la justice, voulue par la coalition de Benyamin Nétanyahou.

On peut relativiser la portée de cet amendement à l’une des Lois fondamentales tenant lieu de constitution au pays, qui ne s’en est jamais doté. Ce texte facilite le renvoi par l’exécutif de hauts fonctionnaires lui déplaisant, ainsi que la nomination d’alliés politiques que la Cour suprême pourrait soupçonner d’incompétence ou de corruption. Mais, ce qui suscite la désapprobation en Israël, c’est que la coalition au pouvoir ait choisi de l’imposer, en dépit d’un large consensus sur la toxicité de l’amendement.

Cette crainte est exprimée depuis des mois par l’opposition, qui a boycotté le vote, par l’ensemble de l’appareil judiciaire, les milieux d’affaires et le patron de la banque centrale du pays, ainsi que par l’armée et plus de un million de manifestants sur les neuf millions d’habitants que compte le pays, et plus largement par une opinion qui se dit, dans sa grande majorité, selon les sondages, hostile à la réforme si elle passe sans compromis.

Les opposants laïques et libéraux au texte y voient la première étape d’une révolution dans l’équilibre des pouvoirs, au profit de l’exécutif. Ils craignent l’émergence d’un Etat autoritaire, contrôlé par des fondamentalistes religieux, des racistes et des partisans d’un « grand Israël », assumant un régime de suprématie juive entre le Jourdain et la mer Méditerrannée.

Ces idéologues promettent de poursuivre la réforme à la Knesset, après la pause estivale, en s’attaquant au mode de nomination des conseillers légaux du gouvernement et des juges de la Cour suprême. Ils entendent tirer parti d’une occasion historique de défaire non plus l’ennemi palestinien, en piètre état, mais ces Israéliens libéraux qui gênent leur ambition.

Schisme au sein de l’armée

Des manifestants devant le Parlement israélien à Jérusalem, le 24 juillet.

Dès 2005, l’un de ces idéologues, Moti Karpel, écrivait dans sa revue, Nekouda, que « se préparer de nouveau au combat politique entre la droite et la gauche, c’est se préparer à la guerre précédente. (…) C’est sur l’axe Juifs-Israéliens que se profile le prochain combat. Ceux qui sont d’abord juifs font face à ceux qui sont d’abord israéliens. (…) A la vision israélienne d’un Etat pour tous ses citoyens, avec tout ce que cela signifie, il faut opposer la vision d’une démocratie juive ».

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