« L’Amérique lui doit son nom : Amerigo Vespucci », sur Arte, portrait d’un explorateur perspicace

0 Shares
0
0
0
Reconstitution historique d’Amerigo Vespucci, dans le documentaire « L’Amérique lui doit son nom », d’Eike Schmitz.

ARTE.TV – À LA DEMANDE – DOCUMENTAIRE

Son prénom est connu du monde entier, mais qui connaît son nom ? Et son histoire ? Pourquoi, comment Amerigo Vespucci (1454-1512) finit-il par se voir attribuer ce quatrième continent que Christophe Colomb (1451-1506) avait « découvert » – sans le savoir ?

Mêlant entretiens et reconstitutions historiques, Eike Schmitz nous embarque dans le sillage de cet explorateur qui eût pu rester anonyme, comme tant d’autres à l’époque des « grandes découvertes ». Dommage qu’il faille attendre la fin de son documentaire pour comprendre pourquoi l’Amérique s’appelle « Amérique » et pas « Colombie ».

Etonnant de voir comment un personnage aussi méconnu du plus grand nombre a pu susciter autant d’analyses et de controverses. Jusqu’à Stefan Zweig, qui fit, en 1941, la biographie de Vespucci pour tenter de démêler les fils d’une histoire complexe. Celle d’une « erreur » historique, et non des moindres : attribuer au Nouveau Monde le nom d’un explorateur qui n’avait rien découvert – sinon qu’il s’agissait bien d’une véritable grande découverte de Colomb. Il sera de fait le premier à dire que ce que ce dernier a abordé, en 1492, « n’est pas une île, mais un continent ». Un Mundus novus, titre du livre que Vespucci écrira en latin en 1503. Au XIXe siècle, des savants allemands en feront un imposteur, jetant le doute sur l’existence même de ses expéditions.

Le jeune Amerigo, d’une famille florentine noble et riche, se passionne dès l’enfance pour la géographie. Il entre au service des tout-puissants Médicis, qui l’envoient en 1491 à Séville superviser leurs affaires. Lui qui rêve de voir le monde « se réjouit d’en avoir enfin l’occasion », dit la voix off. L’armateur pour qui il travaille en fait son exécuteur testamentaire, chargé de recouvrer la créance contractée par le navigateur génois, rentré riche de gloire mais pauvre de marchandises et d’or. Mais Vespucci « s’est lié d’amitié avec Colomb et rêve de l’imiter ».

Une constellation inconnue

Il embarque à son tour, en 1499. Il prend la route du sud, dans l’espoir de trouver le passage vers les Indes que cherche toujours le grand « amiral de la mer Océane ». Ayant franchi l’équateur, il constate que l’étoile Polaire a disparu, découvre au firmament une constellation inconnue, la Croix du Sud. Premier Européen à accoster dans l’embouchure de l’Amazone, Vespucci note tout ce qu’il voit, « dans cette tradition littéraire qui exotise le continent américain », déplore Karen Lisboa, historienne à Rio de Janeiro. L’intellectuel de la Renaissance « compose son texte dans le style épistolaire de l’Antiquité », relativise Robert Wallisch, de l’Académie des sciences de Vienne.

En 1507, à Saint-Dié-des-Vosges, où le duc de Lorraine parraine un centre de recherche, des cartographes soucieux de réactualiser la géographie de la planète – établie par Ptolémée vers l’an 150 – cherchent un nom pour désigner ce quatrième continent : ce sera « America ». Les Etats-Unis rachèteront en 2021 l’unique exemplaire restant de ce planisphère, pour 10 millions de dollars (8,9 millions d’euros).

Quant à Amerigo Vespucci, nul ne saura jamais s’il sut – et approuva –, cinq ans avant sa mort, que son prénom avait été donné à l’Amérique. Seule certitude, il était devenu, à l’époque, plus célèbre que son prestigieux aîné Christophe Colomb. Un quart d’heure de gloire qui aura fait long feu.

L’Amérique lui doit son nom : Amerigo Vespucci, documentaire d’Eike Schmitz (All., 2023, 50 min). Sur Arte.tv, jusqu’au 30 juillet.

source

0 Shares
Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

You May Also Like