L’étrange vie française de l’ancien policier argentin Mario Sandoval

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Juin 1985. L’hiver austral commence juste à Buenos Aires. Voilà un an et demi que l’Argentine a renoué avec la démocratie, après la dictature (1976-1983) qui a fait 30 000 disparus, selon les organisations de défense des droits humains.

Depuis quelques mois, un juge d’instruction militaire enquête sur l’enlèvement d’un étudiant en architecture, Hernan Abriata, en 1976. Un homme de 31 ans est suspecté d’être l’un des ravisseurs : Mario Alfredo Sandoval, un jeune retraité de la police. Quand ce dernier rentre chez lui, ce soir de juin, son épouse de 27 ans, enceinte, l’attend avec leur premier fils et la fille qu’il a eue avec une autre femme. « On part », lui dit-il. Destination : Paris, où il a obtenu l’autorisation de sa hiérarchie de se rendre pour un an. Le 8 août, à Buenos Aires, le juge constatera sa « non-comparution » à l’audience où Sandoval était convoqué.

11 décembre 2019. L’hiver débute à Nogent-sur-Marne (Val-de-Marne), en banlieue parisienne, où ce même Mario Sandoval, citoyen français depuis 1997, habite avec sa seconde épouse, Anne-Marie B. Celle-ci partage sa vie depuis son divorce à la fin des années 1990. L’ancien policier a perdu ses cheveux, mais il garde un corps athlétique, un port altier. Soudain, dix gendarmes de l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité, les génocides et les crimes de guerre, épaulés par ceux du GIGN, viennent l’interpeller pour le conduire à la maison d’arrêt de Bois-d’Arcy (Yvelines).

Quatre jours plus tard, il est mis dans un vol pour son pays d’origine. Il y sera condamné, le 21 décembre 2022, à quinze ans de prison pour l’enlèvement et la torture d’Hernan Abriata. D’après la justice, il a appartenu à un commando, le « groupe de travail 3.3.2. », chargé de capturer les éléments dits « subversifs » et de les envoyer au centre clandestin de détention et de torture installé à l’Ecole de mécanique de la marine (ESMA). Les faits, selon le tribunal, constituent des « crimes contre l’humanité ». Mario Sandoval, qui n’a pas souhaité répondre à nos sollicitations, a fait appel de sa condamnation et reste donc présumé innocent.

Que s’est-il passé entre son arrivée en France en 1985 et son extradition en 2019 ? Le Monde a enquêté pendant trois ans sur la façon dont il a travaillé dans le secteur privé, auprès d’universités et d’établissements publics, côtoyant des chefs d’entreprise, des hauts fonctionnaires, des diplomates, des ministres, des membres des services de renseignement. Comment un homme au tel passé a-t-il pu passer sous les radars et être naturalisé Français ? Pour le comprendre, il faut remonter le fil de son parcours.

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